Carrières
03:30 28 janvier 2020 | mise à jour le: 27 janvier 2020 à 21:01 temps de lecture: 3 minutes

La triche à l’université à l’heure du numérique

La triche à l’université à l’heure du numérique
Photo: MétroTricher devient normal, déplore la professeure Tracey Bretag.

Tricher pour obtenir une meilleure note dans son travail à l’université est une pratique vieille de plusieurs siècles, mais les services en ligne qui s’en font une spécialité rendent la chose plus facile que jamais.

Une équipe australienne a conclu que 6% des 14 000 étudiants interrogés dans 8 universités de ce pays avaient cédé à la tentation (les étudiants s’étaient fait garantir l’anonymat) et que la plupart d’entre eux avaient triché plus d’une fois.

Tant les étudiants de premier cycle que ceux des cycles supérieurs seraient «à risque». La communauté scientifique devrait commencer à admettre qu’elle n’est pas immunisée contre cette «pratique», écrit une des chercheures, Tracey Bretag, dans une lettre publiée récemment par la revue Nature. «Ceux qui sont poussés à externaliser leurs travaux écrits comme étudiants seront probablement tentés de le faire comme universitaires subissant la pression de “publier ou périr”.»

Son propre pays avait été marqué en 2015 par le scandale MyMaster, dans le contexte duquel il avait été révélé que des centaines d’étudiants dans une dizaine d’universités avaient versé au moins 108 000 $ US à un «service» qui leur fournissait des travaux écrits sur demande ou des réponses à des tests en ligne.

«La tricherie devient de plus en plus normale. Depuis les années 1990, les universités du monde entier se sont réinventées en tant qu’entreprises commerciales qui font la promotion de “produits” éducatifs auprès des “consommateurs” étudiants.» Tracey Bretag, professeure agrégée à la School of Management de l’université d’Australie du Sud

Et une recherche Google rapide révèle l’existence de services de ghost-writing pour chercheurs, dont certains offrent d’écrire des mémoires complets, des conférences, des articles pour revues scientifiques et des demandes de subventions. Personne ne semble avoir fait d’étude sur l’efficacité de ces services. Permettent-ils vraiment d’obtenir la note de passage, une place dans un congrès ou même une subvention?

Il est certain que la solution passe par des autorités qui serrent davantage la vis. Tracey Bretag cite en exemple le pays voisin du sien, la Nouvelle-Zélande, qui a poursuivi en justice un tel service de triche, Assignments4U.

Celui-ci a dû payer une amende de 1,3 M$ US dans un arrangement à l’amiable. Reste que la solution doit aussi venir de l’intérieur de la communauté: «Nous ne pouvons pas juste dire aux gens de ne pas tricher» si des pressions autour d’eux les poussent à le faire.

Articles similaires