Une question d’équité
Dur à croire qu’Equity soit non seulement le premier rôle principal que joue Anna Gunn depuis la fin de Breaking Bad, mais carrément le premier film de sa carrière dont elle tienne la vedette. Pendant cinq saisons, on a connu l’actrice comme Skyler White, la femme de Walter, professeur de chimie devenu baron de la drogue, dans la série à succès d’AMC. Elle a patienté avant d’obtenir un rôle d’une aussi grande complexité, et l’a trouvé dans Equity, où elle joue Naomi Bishop, une banquière d’investissement de Wall Street menacée par un scandale financier.
Êtes-vous devenue plus difficile au sujet de vos choix de rôles après Breaking Bad?
Absolument. J’avais l’impression d’avoir vécu une épopée tellement extraordinaire, avec du matériel fantastique. Ç’a ouvert beaucoup de portes, mais je voulais être sûre de franchir les bonnes. Et je ne m’étais encore jamais fait proposer un rôle aussi riche et complexe, à l’avant-plan de l’histoire. Et en plus, c’est un film réalisé par une femme (Meera Menon), scénarisé par une femme (Amy Fox): c’est rare, mais il était temps que ça arrive.
Le film parle beaucoup de ce que c’est que d’être une femme au pouvoir de nos jours. Naomi a vécu quelque chose de désastreux dans le passé, et les gens le lui rappellent constamment, même après toutes les choses qu’elle a réussies. Elle a une plus grosse pente à remonter qu’un homme dans la même situation.
C’est vrai. En faisant mes recherches – une de mes parties préférées du métier d’actrice –, j’ai parlé à Barbara Bryne, qui travaille sur Wall Street et a investi dans le film. Elle a été une mine d’informations. Elle m’a dit entre autres que, quand on est une figure connue de Wall Street, on a beaucoup plus conscience de son sexe. Chaque fois qu’elle fait parler d’elle aux nouvelles, elle entre au bureau dans une mer d’hommes et se dit: «Parlent-ils de moi? Est-ce que ça va me mettre dans une position fâcheuse?» Mais elle a confiance en elle.
Il y a un parallèle à faire avec Hillary Clinton. Tant de critiques lui sont adressées. On a tendance à mettre l’accent davantage sur le négatif que sur le positif.
Exact. C’est le cas dans toutes les professions. On voit les qualifications, les capacités intellectuelles, les accomplissements de Clinton, mais tout le monde se concentre sur la façon dont elle s’habille ou sur sa coiffure. Barbara l’a dit: les femmes doivent penser à beaucoup plus de choses que les hommes. Elle doit choisir la couleur de son tailleur en fonction du client qu’elle rencontre. Untel préfère le rose, elle portera du rouge le lendemain pour évoquer le pouvoir… Ça n’entre pas en ligne de compte pour un homme. Les gens ne commentent pas la tenue d’un homme sur Twitter. [rires]
«Plus elles gravissent les échelons du pouvoir, plus les femmes marchent sur une corde raide. Elles doivent équilibrer la façon dont elles sont perçues. Si vous avez confiance en vous et êtes ouvertement ambitieuse, ça en irrite plus d’un.»
Naomi, comme Skyler, est un personnage complexe, et aussi capable – peut-être même que Skyler plus – d’être désagréable. Dans le discours où elle dit «J’aime l’argent», elle semble presque paraphraser la réplique où Gordon Gekko, dans Wall Street, dit: «La cupidité est bonne».
J’en étais consciente, je tiens à le dire. [rires]
Je me suis dit que c’était sûrement intentionnel.
Amy m’a dit qu’une véritable banquière d’investissement avait effectivement dit cela. Et je voulais que ça soit dans le film parce que c’est un problème pour une femme, d’être ouvertement ambitieuse. Ce n’est pas une déclaration cupide, à mon avis. Naomi a trouvé cette carrière qui l’allume vraiment. Ce n’est pas qu’une question de chiffres. C’est une question de changer un «non» en «oui». Elle adore conclure des affaires. Elle aime le jeu derrière tout ça. Et elle adore évidemment gagner.