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Kid Koala: chef d’orchestre nouveau genre

Photo: Pierre Borasci/Collaboration spéciale

Le DJ, musicien et bédéiste montréalais Kid Koala présente un spectacle ambitieux qui fait l’unanimité partout où il est présenté : une histoire d’amour à grand déploiement avec marionnettes, quatuor à cordes et captations en direct.

Campé dans un futur imprécis, Nufonia Must Fall raconte l’histoire d’un robot mélomane, angoissé et sensible, qui s’éprend d’une ingénieure solitaire. En 2003, le DJ, musicien, turntablist et bédéiste montréalais Eric San (alias Kid Koala) avait fait paraître ce touchant récit sous forme de B.D. Mais voilà qu’une rencontre fortuite avec l’éminent directeur artistique K.K. Barrett, collaborateur de longue date de Spike Jonze et de Sofia Coppola (Her, Lost in Translation, Adaptation), a ouvert les portes à une adaptation
scénique fort ambitieuse et ingénieuse de son roman graphique de 340 pages.

D’entrée de jeu, il faut savoir que Nufonia lève le voile sur les rouages de la production, alors qu’une gamme hétéroclite d’artisans s’affaire sur scène : Koala et le quatuor à cordes Afiara, une équipe de marionnettistes donnant vie aux personnages dans des décors miniatures inspirés du livre et quatre caméras filmant les mouvements minutieux de ces derniers pour les retransmettre en temps réel sur écran géant. En somme, un exploit de taille.

À une semaine de la première montréalaise, San était tout sourire lorsque nous l’avons rencontré dans son studio-atelier pour discuter du spectacle multidisciplinaire qui a conquis le cœur de festivaliers à Toronto, à Hambourg, à Adelaide et dans plusieurs autres villes depuis 2014, et que les Montréalais auront finalement la chance de découvrir à la Place des Arts.

Lorsque Barrett a suggéré de filmer les marionnettistes à l’œuvre sur scène et de projeter le tout en direct, San a accepté sur-le-champ, lui qui avait l’habitude d’installer des caméras sur ses tables tournantes et mixeurs lorsqu’il se produisait comme turntablist. «C’était pratiquement une nécessité avec le scratching, se souvient-il, car la pratique est en soi très technique. Elle requiert de très bonnes habiletés motrices, et ça produit des sons assez étranges. Nous avions conclu qu’il valait la peine d’aider le public à mieux comprendre ce que nous faisions.»

Celui qui fut le premier artiste nord-américain associé au réputé label électronique Ninja Tune a toujours mené en parallèle une passion pour l’illustration et le design graphique, ayant notamment publié la B.D. Space Cadet en 2011. Son projet Nufonia Live s’inscrivait tout bonnement dans la continuité, lui qui a grandi subjugué par le cinéma de Charlie Chaplin et les marionnettes de Jim Henson. «Enfant, j’étais fasciné par les documentaires making-of du Muppet Show, nous explique-t-il alors qu’on fait le tour des superbes maquettes de décors miniatures inspirées de son livre. Je voulais comprendre comment Henson avait réussi à ce que Kermit la grenouille fasse du vélo dans Central Park! Même chose avec Charlie Chaplin : comment faisait-il pour créer l’illusion qu’un bâtiment basculait dans le vent alors qu’il le gravissait? Des heures de plaisir!»

«J’ai fait des tournées où la set list que je reçevais valait pour les 147 prochaines villes […]. Des productions tellement chronométrées que je me mettais presque sur le pilote automatique. Avec Nufonia, c’est tout le contraire!» – Eric San, alias Kid Koala

San souligne que plusieurs clins d’œil à Montréal se retrouvent à la fois dans le livre ainsi que dans les maquettes du spectacle : son architecture brutaliste, l’enseigne de Moog Audio, le métro Berri-UQAM ou encore le belvédère du mont Royal qui surplombe le centre-ville. Et plus la tournée avance, plus lui et sa quinzaine d’artisans-complices prennent plaisir à bonifier le spectacle, ajoutant de petits clins d’œil locaux chaque fois qu’ils se rendent dans une nouvelle ville.

«Chaque endroit a son équivalent de la guerre entre les bagels St-Viateur et Fairmount, et c’est vraiment marrant, m’annonce ce sympa père de famille à la bouille d’éternel adolescent. Chaque ville a ses particularités qu’elle revendique fièrement, ses petites rivalités charmantes, et tout le monde a son opinion sur le sujet!»

San est visiblement fébrile à l’idée de rentrer au bercail pour présenter ce spectacle très bien rodé aux Montréalais, alors que le public local a, selon lui, habituellement plutôt droit aux premières ébauches de ses spectacles. «Montréal m’a toujours soutenu dans mes idées les plus folles et champ gauche, musicalement parlant. La ville encourage vraiment cette approche à la création. Il va sans dire que j’ai très hâte de partager ce projet assez sauté avec vous.»

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