Culture

To Rome with Love: le tour d’Europe de Woody

Photo: Métropole Films

Après Midnight in Paris, récompensé par un Oscar, Woody Allen revient sur les écrans avec To Rome with Love. Un récit foisonnant qui témoigne de l’inspiration inépuisable de l’un des derniers maîtres du cinéma américain.

Après Londres, Barcelone et Paris, Rome est-elle votre dernière escale cinématographique en Europe?
Pour l’instant, puisque mon prochain film se déroulera à San Francisco. Mais je n’exclus pas de retourner à l’étranger. Lorsqu’on m’a proposé de faire Match Point à Londres, je me suis dit que l’expérience serait plaisante, pour moi et ma famille, d’autant plus que c’était l’été. Et puis, j’ai tellement été séduit par les habitants, l’équipe, les paysages, que j’ai enchaîné avec Scoop et Vicky Cristina Barcelona. Et puis, il faut bien le reconnaître : ça coûte moins cher de tourner en Europe! Après Paris et Rome, d’autres villes européennes se sont manifestées pour m’accueillir. J’ai aussi été invité en Amérique du Sud et en Chine. Cependant, deux choses sont nécessaires : il faut que les producteurs locaux puissent financer le film. Et ensuite que j’aie une idée qui corresponde à la ville en question. Parfois, c’est le cas. Parfois, non.

Dans To Rome with Love, vous développez une demi-douzaine d’histoires parallèles. La capitale italienne vous a-t-elle particulièrement inspiré?
J’avais des tonnes d’idées pour Rome, bien plus que vous ne pouvez voir dans le film. Rome est une ville qui vibre de millions d’intrigues. Et sous vos yeux : dans les cafés, les commerces, sur les marches des monuments… Là-bas, il fait toujours beau, et les gens sont très agréables. Ils aiment la vie, le cinéma, l’opéra, la nourriture. Ce n’est pas une culture guindée. Et si j’avais eu plus de temps, j’aurais tourné encore plus d’histoires.

Sont-ils plus agréables que les Français?

Pas plus agréables mais différents. Les Français sont tellement généreux avec moi. Lorsque je vais chez eux, j’ai l’impression de rentrer à la maison et d’être à l’abri. Les Italiens sont tout aussi chaleureux, mais dans un style différent. Comme les Espagnols. À Barcelone, j’étais fasciné de voir les gens dîner à partit de 22h30 et se balader dans les rues jusqu’à 4 heures du matin ! En général, je travaille dans les lieux où les gens sont gentils avec moi. Je ne suis pas sûr que ça se passerait aussi bien si je décidais de faire un film dans le désert ou dans la jungle !

Comment avez-vous «attrapé» les idées à Rome? En vous asseyant dans les cafés?
Non, j’écris toujours à la maison. Lorsque j’ai su que j’allais tourner à Rome, j’ai cherché dans mes notes et j’ai sélectionné des idées qui pouvaient convenir à cette ville. Par exemple, j’avais envie de filmer un homme qui n’arrive à chanter que sous sa douche. En Italie, les gens adorent l’opéra, ils ont ça dans le sang, et ça convenait parfaitement. Pareil pour l’histoire de cet homme qui devient célèbre du jour au lendemain. Je rêvais de donner le rôle à Roberto Benigni et il se trouve qu’il était disponible. Et voilà. Chaque fois, il s’agit d’associer les bonnes idées aux bonnes situations.

Certaines histoires sont entièrement jouées en italien. Les avez-vous directement écrites dans cette langue?
Non, je les ai écrites en anglais et on me les a traduites en italien. Sur le plateau, les acteurs parlaient juste assez anglais pour que je les dirige. Et puis, il est assez facile d’entendre, à l’oreille, si un acteur joue bien ou pas. J’ajoute que, si vous avez de bons acteurs, vous pouvez leur faire confiance. Sur Vicky Cristina Barcelona, j’ai laissé Javier Bardem et Penélope Cruz improviser. Encore aujourd’hui, je ne sais pas à quel sujet ils se disputent! Même si j’ai cru comprendre que leurs propos étaient assez crus…

Souffrez-vous parfois de l’angoisse de la page blanche?
Je ne suis jamais à court d’idées. J’ai plusieurs idées pour chaque film, et encore plus dans mes tiroirs. Vous savez, les idées surgissent en permanence. Le matin, vous lisez le journal et vous découvrez par exemple qu’un homme a tué sa femme de façon originale, ou qu’un autre a gagné à la loterie un jour et perdu tout l’argent le lendemain. Moi, je note toutes ces idées et je les relis plus tard. Certaines sont idiotes et sans intérêt. Mais d’autres sont très bonnes.

Sauf que tout le monde ne les transforme pas en film…
Disons que j’ai la faculté d’imaginer des histoires qui tiennent la route. J’arrive assez bien à prendre une idée et à voir dans ma tête jusqu’où je peux la pousser. Certains savent réparer un téléviseur, d’autres, conduire une voiture très vite. Moi, je sais écrire des histoires.

Faut-il une certaine discipline?
Je crois, oui. D’abord, je suis naturellement discipliné. Ensuite, j’ai débuté très jeune en écrivant pour la télévision. Des émissions live. On se pointait au bureau le lundi et il fallait que le show soit prêt le samedi. Pas le temps d’attendre l’inspiration dans ce cas-là. Il FAUT écrire. Aujourd’hui, lorsque j’ai terminé un film, j’examine mes notes à la recherche d’une idée pour le prochain. Si je ne trouve rien, je me promène dans le quartier, je me repose dans mon fauteuil ou je prends une douche. Tôt ou tard, quelque chose se passe.

Aujourd’hui, diriez-vous que votre carrière a dépassé toutes vos espérances?
Disons que je m’en suis bien tiré. À l’école, j’étais très mauvais. Tous mes copains allaient à l’université pour devenir médecin ou avocat. Moi, je faisais six mois, et les profs me jetaient dehors. Je dirais donc que j’ai eu de la chance. S’il n’y avait pas eu le cinéma, je ne sais pas ce que je serais devenu. J’aurais une job normale, comme mon père, qui a été taxi, serveur, barman, vendeur de bijoux…

Comme Celebrity il y a quelques années, To Rome With Love se moque de la notoriété et de la «peoplisation». Est-ce un phénomène qui s’est aggravé d’après vous?
La célébrité est un phénomène très séduisant. Et comme le dit un personnage dans le film, elle a plus d’avantages que d’inconvénients. Etre poursuivi par les paparazzi du soir au matin, voir sa vie privée étalée dans la presse, c’est embêtant. Mais ça ne menace pas votre existence. Le problème aujourd’hui, c’est que certaines personnes deviennent célèbre pour de mauvaises raisons. Pas parce qu’elles ont accompli de grandes choses.


Vivre à New York vous-a-t-il tenu à l’abri des affres de la célébrité propre à Hollywood?

New York est une ville assez normale ou je mène une existence très «middle class». Je me lève le matin, j’emmène les enfants à l’école. Je fais de l’exercice, j’écris, je joue de la clarinette, je fais une balade avec ma femme, je vais voir un match de basket… C’est une vie très européenne à vrai dire. A Los Angeles, tout le monde travaille dans le show business. Alors qu’à New York, lorsque je marche dans la rue pendant une heure, je croise des journalistes, des gens dans la mode, dans l’édition, dans la politique, la banque…

C’est pour tout ça que vous n’êtes pas allé chercher votre oscar pour Midnight in Paris?
Je n’y suis pas allé pour un certain nombre de raisons. D’abord je n’aime pas prendre l’avion, comme vous pouvez le voir dans To Rome With Love. Ensuite vous pouvez très bien traverser l’Amérique, rester assis en smoking pendant toute la soirée et rentrer bredouille. Et puis quand bien on me dirait à l’avance que j’ai gagné… Je n’aime pas l’idée de remettre des prix aux artistes. Qui est en mesure de dire que ce Picasso est plus beau que ce Matisse ? (sourire). Les gens qui votent, la plupart du temps, le font pour leurs amis. Ou contre les gens qu’ils détestent. Sans parler de ceux qui n’ont même pas vu les films!

To Rome with Love
En salle dès le 20 juillet

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