Culture

L'irréductible Québécois

Stéphane Rous­seau ne l’a pas eue facile sur le plateau d’Astérix aux Jeux olympiques.

Les premiers jours du tournage, l’humoriste québécois se sentait bien seul parmi les Depardieu et Delon, des «monstres sacrés» du cinéma français. Il faut dire que tout ce beau monde se côtoie depuis quelques décennies déjà, et certains d’entre eux avaient même travaillé de concert aux deux précédents épisodes des aventures du héros de Goscinny et d’Uderzo.

Astérix ne constitue pas la première fois où Stéphane Rousseau devait se tailler une place parmi noyau de comédiens tricoté serré. En 2003, dans Les invasions barbares, le comique se retrouvait aux côtés d’acteurs qui avaient tissé de forts liens 20 ans auparavant, lors du tournage du Déclin de l’empire américain.

«Dans les deux cas, je jouais un personnage qui n’était pas là à l’origine. Et en plus, j’étais l’humoriste qui jouait à l’acteur…» observe-t-il.

Une question d’attitude

Dans l’ambitieuse comédie de Thomas Langmann et de Frédéric Forestier, Stéphane Rousseau incarne Alafolix, un Gaulois entiché de la princesse Irina. Désireux de prouver son amour à la belle Grecque, l’intrépide villageois s’inscrit aux Jeux olympiques. Dans sa quête, il entraînera Astérix et Obélix.

«Alafolix, c’est quelqu’un qui est plein de candeur et de gentillesse, mais c’est aussi un personnage qui n’a pas énormément de texte, dit Rousseau. Tu as une phrase ici et là, sans plus. Tu n’as rien pour faire tomber les autres acteurs en bas de leur chaise. T’assommeras pas Depardieu avec des répliques comme : « Viens, Obélix! » Ils en ont vu d’autres!»

«C’est un peu comme si je n’existais pas sur le plateau, ajoute-t-il. J’avais l’impression qu’ils se disaient : « C’est qui, lui? » On ne se sent pas à l’aise dans ce genre de situations. Disons qu’il a fallu un certain temps avant que je prenne ma place.»

Pour s’immiscer au sein de ce groupe pour le moins sélect, Stéphane Rousseau a usé d’une stratégie peu commune chez nos cousins français : l’humilité. Quelques minutes avant le tournage de sa première scène avec Gérard Depardieu, l’acteur québécois lui a avoué sa nervosité. Une confession qui a poussé la star française à s’exclamer : «Mais arrêtez ces conneries!»

«Je l’ai déstabilisé, parce que montrer ses failles, c’est quelque chose qui ne se fait pas en France, observe-t-il. Au Québec, on est très différents sur ce plan-là. On est très enfantins dans nos rapports humains. On dit les vraies affaires. On n’a pas de malice. Quand on n’est pas bien, on le dit, alors qu’en France, ils vont faire semblant que tout va bien, parce qu’ils pensent que s’ils exposent leurs faiblesses, les autres vont en profiter pour fesser dedans.»

Je t’aime moi non plus

Depuis le début de sa carrière au cinéma, Stéphane Rousseau entretient des rapports plutôt inégaux avec la critique. En 2002, la presse démolissait Les dangereux, le film qui marquait sa toute première incursion au grand écran.

Un an plus tard, cette même presse encensait sa performance dans Les invasions barbares, la comédie dramatique oscarisée de Denys Arcand.

Cette relation amour-haine s’est transposée de l’autre côté de l’Atlantique en début d’année, lors de la sortie d’Astérix aux Jeux olympiques. La critique française n’a pas été tendre envers le long métrage de Thomas Langmann et de Frédéric Forestier.

«Par Toutatis, que le temps paraît long!» écrivait Le Figaro. «Un spectacle assez médiocre», titrait Télérama.

Rousseau n’a pas échappé aux propos acerbes des journaux de l’Hexagone. Le Parisien est même allé jusqu’à écrire que son personnage «flirtait avec la niaiserie». «Le comique play-boy québécois n’est pas franchement à la fête dans le costume d’Alafolix, le ravi du village», jugeait le quotidien.

«Ça fait toujours mal, ça blesse toujours, dit l’artiste à propos des articles peu flatteurs. Mais je crois que dans le cas d’Astérix, il y a eu de l’acharnement. C’est souvent ce qui arrive quand un producteur arrogant arrive avec ses gros sabots. Ça déplaît énormément. On le savait qu’on allait se faire ramasser. Tu ne peux pas crier sur tous les toits que tu as mis 80 M$ dans ton film. Tu te tires dans le pied en faisant ça. Si tu arrives par en dessous, tu cours moins de risques de te faire
matraquer au fil d’arrivée.»

À la défense d’Astérix

Stéphane Rousseau admet qu’Astérix aux Jeux olympiques n’est pas un grand film. L’acteur refuse toutefois de donner raison aux critiques qui prenaient un malin plaisir à le réduire en petits morceaux.

«Il y a des gens qui m’ont dit : « J’ai mieux aimé Les invasions barbares. » Ça n’a rien à voir! s’exclame-t-il. Il y a différents types de cinéma. Wayne’s World, ce n’est pas Schindler’s List.»

Rousseau compte donc sur Ruptures.com, un long métrage de George Mihalka (L’homme idéal), pour inverser la tendance et le remettre dans le droit chemin en ce qui concerne la critique.

Le tournage du film, qui met également en vedette Garou, Pascale Bussières et Julie Le Breton, doit débuter cet hiver.

D’ici ce temps, le public d’ici pourra le voir dans Modern Love, une petite comédie musicale qui a connu un succès acceptable lors de sa sortie en France il y a quelques mois.

Astérix aux Jeux olympiques
En salle dès mardi

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