L'Irlande dans la noirceur
Récompensé en mai 2008 à Cannes par la Caméra d’or, la palme du Meilleur premier film,
l’artiste anglais Steve McQueen fait des débuts fracassants sur grand écran avec Hunger, un drame relatant une page sombre de l’histoire de l’Irlande du Nord.
En 1981, afin de forcer le gouvernement britannique à accéder à leurs revendications et à reconnaître leur statut politique, des prisonniers républicains organisèrent une grève de «blankets and no wash» (une couverture pour seul vêtement et l’abandon de l’hygiène de base), puis une grève de la faim, menée par l’intraitable Bobby Sands.
McQueen montre les conditions d’incarcération avec un mélange de réalisme et d’onirisme, ce qui permet de ressentir physiquement la colère, la honte, le dégoût de chaque personnage.
Son Å“il de plasticien est partout : sur un mur couvert d’excréments passé au kärcher, dans le visage hagard d’un prisonnier, dans de longs plans quasi immobiles qui intensifient l’immobilisme de la vie carcérale et les explosions de violence.
Un comédien impressionnant
Du cinéma coup-de-poing, servi par un comédien exceptionnel, Michael Fassbender. Cet Irlandais âgé de 31 ans, qu’on avait découvert dans Angel, de François Ozon, et aperçu dans le péplum 300, de Zach Snyder, livre une performance aussi impressionnante qu’épuisante… Pour la bonne cause!
«En Irlande du Nord, nous connaissons tous Bobby Sands, c’est devenu une figure mythique, explique l’intéressé. J’avais quatre ans quand il est mort, et évidemment, je ne comprenais pas tout à l’époque.»
Quand Sands décide de jouer sa dernière carte en faisant une grève de la faim, la transformation de l’acteur est si réelle qu’elle fait mal à voir.
«En temps normal, je pèse 73 kilos, et j’ai fini à 59 kilos, souligne Michael Fassbender. Je me suis senti proche des anorexiques, j’étais obsédé par la nourriture, le nombre de calories… Ma propre tête m’effrayait, mais c’était une bonne expérience, je voulais voir si j’aurais la discipline nécessaire pour le faire. Et quand tout s’est terminé, j’ai encore plus apprécié les bonnes choses de la vie.»
Hunger
En salle dès aujourd’hui