Sortir de sa zone de confort grâce au festival Phénomena
Dix ans après sa création, le Festival Voix d’Amériques renaît sous le nom de Phénomena.
La directrice artistique du festival Phénomena, D. Kimm, l’admet d’emblée : elle n’a pas l’habitude de se restreindre à une zone de confort. Aussi, l’artiste à la tête de la compagnie théâtrale Les filles électriques est-elle «heureuse de son nouveau festival», Phénomena, suite logique de Voix d’Amériques (FVA). «C’est sûr que c’est difficile de partir un nouveau festival quand tu en as eu un qui marchait, concède D. Kimm. Les gens se demandent pourquoi, ils n’aiment pas trop le changement, mais en même temps, tout le monde veut être stimulé et interpellé… Et moi, je sais que ce changement, c’est pour le mieux!»
C’est que le FVA, à l’origine, était destiné aux artistes du spoken word, une proposition que la directrice artistique a voulu élargir au fil du temps. «On était déjà devenus interdisciplinaires, plus ouverts en quelque sorte, on travaillait dans un esprit de création, rappelle-t-elle. Mais en changeant le nom, c’est comme si je pouvais assumer davantage ce choix.»
Chose certaine, dit D. Kimm, le festival continue de proposer des «rencontres improbables entre des spectacles avant-gardistes et le public». Et par public, elle n’entend pas un club sélect d’initiés, mais… tout le monde. «On est grand public, c’est ouvert, tout le monde est bienvenu, rappelle-t-elle. On programme plusieurs spectacles gratuits, et pour les autres, les billets ne sont vraiment pas chers. C’est très important pour moi.»
Il ne faudrait pas penser que les organisateurs du festival sont prêts à tout pour vendre des billets, bien au contraire. «Quand j’invite des artistes qui sont plus connus du grand public, je le fais pour donner la chance à l’artiste d’explorer quelque chose de nouveau et de proposer quelque chose de fort, assure la directrice artistique. Mon critère, ce n’est jamais de vendre des billets.»
À titre d’exemple, D. Kimm cite Daniel Boucher, qui se produira à la Sala Rossa le 25 octobre prochain. «J’aime ébranler mes propres certitudes, explique-t-elle. Daniel Boucher, c’est un chanteur populaire, pas tellement le gars qui fréquente la Sala Rossa… Mais il est aussi très indépendant, il fait les choses à sa manière, il s’en va souvent dans la nature… J’avais envie de lui proposer le défi de sortir de son image populaire et d’explorer quelque chose d’autre. Il va faire un truc très intimiste avec sa copine Catherine Servedio, qui a fait des petits films qu’ils vont projeter, avec de la musique et du texte, le public autour d’eux. Ça risque d’être une soirée assez unique.»
Et ce ne devrait pas être la seule «soirée unique», vu la présence d’artistes du champ gauche comme Genesis Breyer-P-Orridge, «une icône qui n’est presque jamais venue à Montréal, un artiste provocant, transgenre, un fondateur de la musique industrielle, résume D. Kimm. C’est quelqu’un qui est intègre, qui ne suit pas les modes, qui fait les choses à sa manière. J’aime présenter des voix atypiques, marginales… des gens différents qui travaillent autrement!»
Programmation
Quelques autres spectacles à voir au festival Phénomena :
- Le combat contre la langue de bois. L’événement qui vise à «donner la parole à ceux qui ont quelque chose à dire et le courage de le faire», qui avait fait la renommée du FVA, est de retour. Seront de la partie, entre autres, Gabriel Nadeau-Dubois, Jean Barbe, Anne Lagacé Dawson… «C’est toujours un miracle que je réussisse à trouver mes combattants, parce que c’est très engageant comme événement. C’est un beau cadeau pour le public», lance D. Kimm. Mercredi à 20 h au Cabaret du Mile-End.
- Autour d’Ève Cournoyer. Des amis de la regrettée chanteuse disparue en août dernier se réunissent pour lui rendre un hommage en musique. Qui ne sera pas triste? insiste la directrice artistique. Demain à 17 h, au Divan orange.
- Flying Words Project. «C’est une troupe que je fais venir des États-Unis, qui travaille en langue des signes, explique D. Kimm. On n’a pas souvent accès à la communauté sourde, alors pour moi, c’est une rencontre super.» Demain à 20 h, à la Sala Rossa.
Phénomena
Du 19 au 26 octobre