"Nuits d'ivresse printanière" : la critique
En lice pour la Palme d’Or du Festival de Cannes, "Nuit d’ivresse printanière" de Lou Ye aborde le thème de l’amour et du désir.
Après l’ouverture aérienne offerte mercredi par le splendide "Up" des studios Disney-Pixar, le Festival de Cannes a donné hier le coup d’envoi de sa compétition officielle avec la projection du bouillant "Nuits d’ivresse printanière" de Lou Ye.
Un film précédé d’une réputation sulfureuse puisque tourné dans la clandestinité la plus parfaite, le cinéaste étant interdit de travail dans son pays depuis que son film précédent, "Une jeunesse chinoise" – présenté à Cannes en 2006 – s’est attiré les foudres de Pékin pour avoir osé aborder les massacres de la place Tian An Men et filmé des scènes d’amour explicites.
Le jeune cinéma chinois
Si la politique n’est pas prépondérante dans "Nuits d’ivresse printanières", on ne peut pas en dire autant du sexe, élément central de ce jeu de massacre amoureux qui ravit par l’élégance de sa mise en scène, caméra à l’épaule, et la complexité des relations entre ses différents protagonistes.
Les premières scènes nous font découvrir Wang Ping, un homme marié qui entretient une liaison passionnée avec le troublant Jiang Cheng. Leurs ébats, dans une cabane sur une petite île au large de Nankin, sont filmés sans aucune concession.
Bientôt on découvre que l’épouse de Wang Ping a engagé un jeune homme, Luo Haitao pour les espionner. La rupture est inévitable, cruelle, insupportable. Jiang Cheng, employé de bureau le jour, travesti la nuit, entame alors sans le savoir une nouvelle histoire avec celui qui l’a démasqué…
Fable amoureuse
En transposant une nouvelle de 1905 dans la société d’aujourd’hui, Lou Ye signe une fable amoureuse intemporelle qui confirme l’acuité du jeune cinéma chinois, sa capacité à aborder des thèmes universels avec finesse et maturité.
Les scènes de sexe, très crues, ne sont que le reflet sincère du trouble qui anime les antihéros d’une Palme potentielle, sensuelle et entêtant.