Charline Provost : photographe des yeux
Elle ne fait que ça à longueur de journée : photographier des yeux à l’hôpital Sainte-Justine. De petits yeux d’enfants parfois en santé, parfois secoués. Entrevue avec Charline Provost.
En quoi consiste ton travail exactement?
À l’aide de toutes sortes d’appareils, je prends des photographies de la rétine. Ça permet aux médecins de confirmer des diagnostics, comme le glaucome ou un décollement de la rétine. Et quand les parents disent qu’ils n’ont pas secoué leur enfant, c’est triste, mais la photographie oculaire ne ment pas : on constate plein d’hémorragies dans l’œil.
Est-ce que ces photos-là peuvent être utilisées en cour?
Oui. En photographie médicale, 20 % de notre travail sert à des fins judiciaires. Avant, je prenais aussi des photos d’enfants maltraités ou brûlés, ou encore des photos d’autopsies.
Qu’est-ce qui est le plus difficile?
C’est sûr qu’une autopsie, c’est choquant, mais le plus dur, c’est de savoir que l’enfant souffre. Faut se faire une carapace. Un enfant brûlé, on sait qu’il a mal. Et même si on n’a pas le dossier de l’enfant, on comprend parfois, par les blessures qu’on a à photographier, tout le mal qui lui a été fait. On travaille très fort pour mettre l’enfant à l’aise, mais ce n’est pas toujours évident. En photo oculaire, le plus gros de mon défi consiste à amener l’enfant à fixer un point.
As-tu une technique pour que l’image soit aussi précise?
J’ai appris ça sur le tas. Au début, je regardais les diagnostics sur Wikipédia pour mieux comprendre les indications des médecins. J’ai aussi étudié la photographie au Cégep du Vieux-Montréal, parce que ça prend une bonne formation technique pour bien éclairer. Ici, il n’y a pas de place pour les flous artistiques. L’éclairage est super plate, et on n’a pas le droit de retoucher du tout!
Quand même, c’est plate à dire, mais c’est vraiment beau, des yeux malades. On dirait des planètes.
Oui, c’est bizarre, mais les maladies de l’œil, c’est souvent très beau. Des iris, de près, c’est comme de la laine. Mon travail est très loin de ce que je faisais avant : de la pub et de la mode.