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Cinéma: la parole aux femmes autochtones

Photo: Hugo Lacroix/Collaboration spéciale

Huit artistes, conteuses ou poètes. Huit femmes de parole. Huit femmes autochtones.

Certaines connues, comme Joséphine Bacon et Natasha Kanapé Fontaine, d’autres qui gagnent à l’être d’avantage, dont Marie-Andrée Gill et Virginia Pésémapéo Bordeleau.

Toutes protagonistes du documentaire Territoire Ishkueu Territoire Femme, présenté en primeur au Festival du cinéma international d’Abitibi-Témiscamingue la semaine dernière.

La caméra de leur souriante collègue conteuse Claude Hamel – qui a eu le coup de foudre pour leur œuvre – les a captées en prestation au Festival de contes et légendes Atalukan, à Mashteuiatsh, au Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Leurs paroles, complémentaires, sont ponctuées par celles de Sonia Robertson, directrice du festival, ainsi que par des images contemplatives de territoires, de leurs territoires.

À l’écran, les voix des femmes nommées ci-dessus, ainsi que celles de Telesh Bégin, d’Alice Germain, de Sonia Robertson et de Kathia Rock, forment un tout présenté sobrement, mettant à l’avant-plan toute la puissance de leurs mots et de leurs performances.

Vous avez travaillé comme preneuse de son en documentaire avant de vous consacrer au conte depuis quelques années. Qu’est-ce qui vous a motivée à faire ce film?
En allant conter au festival d’Atalukan, j’ai écouté ces femmes extraordinaires et j’ai eu envie de les montrer comme moi je les vois. On voit beaucoup dans les médias des images difficiles des femmes autochtones, qui sont maganées. J’en avais soupé de très peu les voir sous leur meilleur jour. J’ai voulu transmettre leur parole, les faire connaître à l’ensemble du Québec. Il y a un manque de diffusion de leur art. Joséphine Bacon a une renommée incroyable au Canada et en Europe, Virginia Pésémapéo Bordeleau expose ses toiles dans de très grands musées. Je me disais : comment ça se fait qu’on ne les connaît pas?

De plus, chez les Innus, les femmes sont les passeuses de la culture. J’ai voulu rendre hommage à la tradition orale, qui a été malmenée avec les pensionnats. Le festival veut d’ailleurs reprendre contact avec cette culture traditionnelle et la transmettre aux nouvelles générations.

«J’ai beaucoup travaillé avec Joséphine [Bacon] pour ce film. Elle m’a guidée pendant le montage. Comme je traitais d’une culture qui n’est pas la mienne, je n’avais vraiment pas envie de me mettre les pieds dans le plat et de dire des conneries sans m’en rendre compte.» –Claude Hamel, conteuse et documentariste

Dans un extrait du film, Alice Germain aborde le bouleversement qu’a provoqué l’arrivée des premiers colons en Amérique du Nord en le qualifiant de «tourbillon blanc»…
J’en shake encore. Alice crée des contes formidables.

Qu’est-ce qui vous plaît en particulier dans le conte?
Ça fait très longtemps que je conte, depuis que j’ai 18 ans. J’ai toujours fait des contes qui mettent à l’avant-plan des personnages de femmes fortes. Je vais à contre-courant des contes traditionnels. Quand je reprends un conte traditionnel, je le transgresse complètement. Vous devriez entendre mon Petit chaperon rouge! Elle malmène son loup, c’est lui qui passe un mauvais quart d’heure! (Rires) Je fais aussi beaucoup de contes historiques pour mettre en valeur les femmes importantes qui sont passées à côté de l’histoire avec un grand H. Dans le cas des femmes autochtones, elles sont souvent très fortes, très authentiques. Ça vient me chercher.

En montrant en parallèle des extraits des performances des huit femmes, vouliez-vous que leurs paroles se répondent?
Oui, effectivement, elles se répondent, mais c’est aussi ma signature, que j’ai découverte en faisant ce film. J’avais fait quelques montages auparavant d’autres prestations. Je filme toujours tout, je suis une documentariste dans l’âme! Je tresse mes images. Ce film, il voulait se faire, il est passé par moi. Il m’a sauté dessus.

Les mots «Territoire Ishkieu, Territoire Femme» sont prononcés par Marie-Andrée Gill au cours de sa performance. Qu’est-ce qui vous a interpellé dans cette expression pour vouloir en faire le titre de votre documentaire?
«Territoire Ishkieu Territoire Femme, je te le redis au cas où tu ne l’aurais pas entendu, que mon sexe se fond dans tous les rapides, que la matière première du monde est de la même couleur que quand on ferme les yeux», dit-elle. C’est tellement beau! Je dois dire que la poésie de Marie-Andrée Gill vient me chercher totalement, complètement, très intimement. Je la trouve forte, vraie, contemporaine tout en étant très en phase avec sa culture. J’avais envie de lui donner une place particulière.

Souhaitez-vous avec ce documentaire favoriser un rapprochement entre les Québécois non autochtones et les peuples autochtones?
J’ai envie qu’on ait un pays, un territoire, et ça ne se fera jamais sans les Autochtones. J’aime beaucoup quand Natasha Kanapé Fontaine dit: «Dans un instant charnière, j’ai vu ta terre se mêler à la mienne.» Il est temps qu’on s’allie, qu’on se reconnaisse. On a été poussés loin les uns des autres. Pourtant, les premiers colons qui sont arrivés ici n’auraient pas pu survivre sans l’aide des Autochtones.

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