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La vie ordinaire de Léo Huff

Geneviève Vézina-Montplaisir - Métro

Luc Picard le clame haut et fort : il est avant tout un comédien. Et même s’il a deux réalisations derrière lui, L’audition et Babine, son premier amour restera toujours le jeu.

«C’est bizarre parce que, quand tu réalises un film, même si tu joues dedans, on dirait que les gens ne le voient pas, explique sur un ton perplexe le comédien. Les gens me disent : « Ça va être le fun de te voir comme acteur dans Détour! » Je leur réponds : « Je jouais Tous­saint Brodeur dans Babine », mais les gens ne s’en souviennent plus!»

Luc Picard est donc très enthousiaste de parler de son dernier rôle au cinéma, celui de Léo Huff dans le film de Sylvain Guy Détour, un thriller noir dans lequel il interprète un secrétaire complètement dominé par sa patronne (Sylvie Boucher) et par sa femme (Suzanne Champagne). Un jour, au cours d’un voyage professionnel, la vie ordinaire de Léo Huff prend enfin un tournant inattendu, alors qu’il fait la rencontre de Lou (Isabelle Guérard) sur la route le menant au Bic. Cette belle jeune femme tente de se sortir des griffes de son copain Roch (Guillaume Lemay-Thivierge).   

«Le personnage de Léo, c’était un beau défi de comédien, affirme l’acteur. Il fallait absolument aller chercher l’intérêt du spectateur parce qu’il est là tout le long du film, mais en même temps, il n’a rien pour se défendre. Il n’a rien de spectaculaire, il est drabe. C’est pas mal tout le temps le même topo dans les films noirs : un gars ben ordinaire essaye de se sortir de sa vie plate et va finir par se faire péter la gueule, en général, par une femme fatale.»

Qu’il soit maintenant réalisateur n’a pas changé la manière dont le comédien a abordé son rôle. Sur le plateau, s’il pouvait mieux comprendre la préparation que Sylvain Guy avait effectué avant le tournage, Luc Picard qui travaille présentement à l’adaptation américaine de son film L’audition, a pu réaliser comment il peut être beaucoup plus reposant de simplement  jouer.

«Les gens ont dans la tête que c’est le bout d’la marde de réaliser, confie-t-il. Moi, je suis vraiment un acteur. La réalisation, c’est un prolongement de mon travail de comédien. J’adore ça réaliser, mais mon premier amour, c’est le jeu. Être acteur, c’est comme être un enfant, et être réalisateur, c’est comme être un parent. Tu dois gérer toute ta gang.»

Rêve noir
Par contre, pour d’autres, comme le scénariste et cinéaste Sylvain Guy, réaliser est le boute d’la marde!

«J’adore réaliser mes propres scénarios, assure le fan des films noirs des frères Coen. Le désir de réaliser est venu au temps de Liste noire, en 1995. C’était mon scénario, mais l’interprétation de Jean-Marc Vallée, et il me manquait le sentiment d’être allé au bout de l’exercice.»

Avec Détour, le réalisateur a pu mener à terme un projet né dans sa tête lors d’un voyage au Bic. Par contre, si toute l’équipe de Détour s’est retrouvée quel­ques jours dans le Bas-Saint-Laurent, elle s’est exilée au Nouveau-Brunswick pour l’essentiel du tournage.

«On est allés tourner au Nouveau-Brunswick pour des raisons fiscales, mais ça m’a permis d’avoir toute mon équipe captive, souligne-t-il. On ne sortait jamais du film, alors ça a renforcé la concentration de tout le monde et ça a tissé des liens solides entre les gens.»

«C’est une expérience que j’espère pouvoir répéter», souhaite celui qui vient de soumettre aux institutions son projet d’adaptation du roman de Gaétan Soucy La petite fille qui aimait trop les allumettes.

Détour
En salle le 18 septembre

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