Culture

Les sept jours du Talion: La vengeance dans la peau

Les sept jours du Talion a beau traiter de torture, son tournage ne s’est pas fait dans la douleur. Les artisans du premier long métrage de Podz (Les Bougon, Minuit, le soir, C.A.) disent même avoir pris plaisir à explorer le côté sombre, très sombre, de l’homme. «La ligne entre la souffrance et la jouissance est souvent très mince, observe Claude Legault. Les gens aiment regarder des films d’action, des films d’horreur et des films qui font brailler parce que ça leur permet de vivre des émotions intenses. C’est la même chose pour les acteurs : c’est excitant d’aller visiter les extrêmes de temps en temps.»

Auscultant le thème de la vengeance, Les sept jours du Talion dépeint le calvaire qu’un bon père de famille (Claude Legault) inflige à l’assassin-violeur de sa fille (Martin Dubreuil). Basée sur un roman de Patrick Senécal, l’Å“uvre regorge de scènes d’une brutalité quasi intolérable, un choix artistique que Podz assume pleinement. «Ça n’aurait pas été honnête de se censurer avec le sujet qu’on avait à traiter, indique le cinéaste. Pour comprendre les conséquen­ces de la violence, il faut la voir.»

«Cela dit, je ne voulais pas que les gens tripent sur la torture. Je ne voulais pas qu’ils trouvent ça cool; je voulais qu’ils trouvent ça sale et qu’ils se posent des question, ajoute-t-il. Je suis tanné de voir des films comme Saw où tout le monde se torture et c’est ben l’fun.»

En silence
Pour éviter de glorifier cette démesure et exprimer l’intensité des émotions vécues par les personnages, Podz a opté pour une réalisa­tion froide, directe, et sans musique. En l’absence de crescendos de violons et de vrombis­se­ments alarmants, Les sept jours du Talion s’appuie sur les silences, les bruits de pas, les cris de douleur et les répliques carabinées pour créer un climat de tension.

«Je voulais que ça soit lourd, que ça soit tough, que ça te rentre dedans. Je ne voulais qu’il y ait de filtre entre les spectateurs et ce qui se passe à l’écran, explique le cinéaste. Ceux qui ne sont pas capables de le digérer ne font peut-être pas face aux réalités du monde dans lequel on vit. Il n’y a pas que du beau dans l’actualité; il y a du laid aussi. L’horreur, on en parle souvent de façon très intellectuelle. Pour ma part, j’ai décidé d’en parler de façon viscérale.»

Une vision crue
C’est en passant la majorité du tournage flambant nu et attaché à divers instruments de punition que Martin Dubreuil (Tout est parfait, Sur le seuil, Tout sur moi) a participé à la vision crue et sévère du cinéaste. En dépit des apparences, le comédien a beaucoup aimé jouer les pédophiles martyrisés.

«J’ai souvent eu des rôles dans ce genre-là, mais c’est la première fois que j’allais aussi loin dans ma tête, dans mon imagination, dans ma solitude. C’était dark, mais j’avais du fun à répéter mes scènes couché à terre dans ma cuisine, révèle-t-il. Mais depuis qu’on m’a montré le film, quand je pense à mon personnage, je trouve ça moins drôle. Je le trouve laid, dégueulasse. Aujourd’hui, il m’écÅ“ure.»

Quant à l’homme derrière cette descente aux enfers, Patrick Senécal, il avoue avoir du mal à expliquer le plaisir qu’il éprouve à imaginer de tels scénarios horrifiques. «J’imagine que c’est ma propre noirceur que j’examine à travers ça, avance-t-il. L’écriture, c’est thérapeutique, ça permet de dompter ses démons intérieurs.»

Les sept jours du Talion
En salle dès le 5 février

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