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New Denmark de Rafaël Ouellet: Dans l'obscurité silencieuse

Une jeune femme se volatilise. Sans laisser de traces. Sa jeune sÅ“ur adolescente part à sa recherche, marchant longuement pour la retrouver, retenant son souffle, de peur de ne plus jamais la revoir. Un fait divers comme tant d’autres que Rafaël Ouellet a décidé d’explorer dans son nouveau long métrage New Denmark.

«Peu de temps avant que le film ne s’écrive, il y a une fille dans la vingtaine qui a disparu, raconte le réalisateur, rencontré dans un restaurant montréalais. J’étais assez surpris de l’indifférence des médias et du monde en général. Quel­ques posters pour se soulager la conscience et c’est tout… Je déplore qu’il n’y ait aucun effort de fait quand c’est un adulte. On met ça sur le dos de la folie, de la délinquance, de la drogue, du suicide; on dit qu’elle a couru après.»

Cette Å“uvre initiatique tristounette, qui a plus d’un point en commun avec Je vais bien, ne t’en fais pas, Gerry, Rosetta et Tout est parfait, renvoie à la solitude propre à l’adolescent, contrastant avec la vision plus édulcorée de quelques productions récentes. «Je sens encore les odeurs de cette période… révèle le cinéaste trentenaire. Je pense que les gens sont dans leur tête. C’est ce que j’ai vécu, ce dont je me souviens, et c’est cette adolescence que je revendique et que je mets dans mes films.»

Comme il l’avait fait dans ses précédents essais, le metteur en scène est retourné chez lui, dans le village de Dégelis, pour tourner en compagnie de comédiens non professionnels. C’est là qu’il a trouvé Carla Turcotte, son héroïne qui semble porter le poids du monde sur ses épaules. «Je lui ai dit : « Quand le film commence, tu viens de te faire rentrer dedans par un truck. Pendant tout le film, tu es sonnée. » C’est ça le film finalement.»

Prendre son art en main
Tout passe donc par les silences, les non-dits, le rythme un peu âpre qui prend son temps de peser sur les personnages, à l’image de ces nuages lourds de sens et de ce spleen qui se répercute sur les paysages. Ou encore de cette trame sonore qui hypnotise, s’immisçant dans le quotidien, prenant le dessus sur les dialogues. «L’objectif est de substituer à la parole tous les autres moyens rendus disponibles par le cinéma : la musique, le son, l’ambiance, les images, le cadrage», fait remarquer le créateur du Cèdre penché et de Derrière moi.

Présenté dans quelques festivals, dont celui de Karlovy Vary en juillet dernier, New Denmark a été financé par son auteur, au coût de 15 000 $. «J’ai été payé raisonnablement pour Derrière moi, maintient Rafaël Ouellet. Alors, je me suis demandé pourquoi je n’investirais pas mon salaire de producteur dans un film. Si tu crois en toi, si tu crois que le cinéma vaut la peine d’exister, comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus de cinéastes qui prennent leur argent pour investir dans leur projet?»

New Denmark
En salle dès aujourd’hui

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