Culture
10:26 9 février 2019 | mise à jour le: 9 février 2019 à 10:26 temps de lecture: 4 minutes

Grammy Awards: les rappeurs et les femmes rafleront-ils enfin la mise?

Grammy Awards: les rappeurs et les femmes rafleront-ils enfin la mise?
Janelle Monae aux les Golden Globes, janvier 2019 © VALERIE MACON / AFP

Rappeurs et artistes féminines partent cette année favoris dans la course aux Grammy Awards, décernés dimanche à Los Angeles par une industrie musicale souvent critiquée pour ne pas suffisamment mettre à l’honneur sa diversité.

Pour la deuxième fois de suite, le hip-hop caracole en tête des nominations, avec huit sélections pour la star Kendrick Lamar, suivi de peu par son challenger canadien Drake.

Dans la catégorie « révélation de l’année », six candidats sur huit sont des femmes. Oubliées l’an dernier, elles sont aussi présentes en force dans les catégories majeures des Grammys, entre Cardi B la rappeuse gouailleuse, Janelle Monae l’exploratrice électro-pop et la chanteuse folk-rock Brandi Carlile.

Pour répondre à ceux qui lui reprochent de récompenser trop d’artistes blancs et masculins, la Recording Academy – qui regroupe plus de 13.000 professionnels – a créé l’an dernier une « task force » pour la diversité et l’intégration. Et elle a fait passer de cinq à huit le nombre de nominés dans les principales catégories pour mieux refléter la diversité de la société.

Reste à savoir si les nominations se transformeront en vraies récompenses, car Jay-Z était reparti bredouille l’an dernier malgré huit nominations. Il n’avait pas du tout apprécié et l’a fait savoir à la Recording Academy dans les paroles de son tube « APESHIT », enregistré avec son épouse Beyoncé.

Lamar, premier rappeur à avoir obtenu un prix Pulitzer de musique pour son album « DAMN », a de son côté déjà échoué à trois reprises dans la course à « l’album de l’année ». Il parviendra peut-être cette année à conjurer la malédiction avec la bande originale du film « Black Panther ».

Son titre avec la chanteuse soul SZA, « All the Stars », est aussi en lice dans la catégorie de « l’enregistrement de l’année » (qui récompense l’artiste et toute l’équipe technique), et celle de la « chanson de l’année » (qui récompense les auteurs).

Drake, en froid avec les organisateurs ces dernières années, a reçu sept nominations au total, dont une pour son album « Scorpion » et une autre pour son titre « God’s Plan », qui a fait le tour du web.

Rebelle et reconnu?
Même si les oeuvres de rap ont statistiquement des chances d’être primées lors de cette 61e édition, beaucoup d’experts demandent encore à voir.

« Ce n’est pas tant que les Noirs soient invisibles ou qu’ils n’innovent pas, c’est qu’ils sont cantonnés dans des catégories raciales », affirme Guthrie Ramsey, musicologue à l’Université de Pennsylvanie.

D’autres remarquent que ce qui fait l’attrait du rap, c’est précisément son côté rebelle et marginal. « Etre récompensé, c’est aussi recevoir l’approbation de la culture dominante », relève Akil Houston, spécialiste du hip-hop à l’Université d’Ohio.

Pour Murray Forman, chercheur à la Northeastern University de Boston, l’explication est peut-être tout simplement démographique: la Recording Academy est majoritairement composée « d’hommes blancs pas tout jeunes qui ne se soucient pas trop du hip-hop ».

« S’ils veulent continuer à être crédibles, ils vont devoir faire mieux pour que les nominations et les vainqueurs reflètent vraiment ce qui bouge, ce qui fait réfléchir et danser le public », assure-t-il.

En mai dernier, le patron des Grammys, Neil Portnow, avait déclenché un tollé en appelant les femmes à « passer à la vitesse supérieure » si elles voulaient être mieux représentées.

Cette année, cinq des huit nominés pour « l’album de l’année » sont des femmes: Cardi B, Brandi Carlile, Janelle Monae, la prodige du R&B H.E.R. et la chanteuse country Kacey Musgraves.

La popstar Lady Gaga est quant à elle sélectionnée dans cinq catégories, dont deux pour « Shallow », la ballade romantique enregistrée avec Bradley Cooper pour le film « A Star Is Born », où elle joue également.

Brandi Carlile a appelé les artistes féminines à se serrer les coudes. « On peut rejeter la faute sur les hommes, sur l’industrie (musicale), sur le système marchand, mais ça doit d’abord venir de nous », a lancé la troubadour folk dans une interview au magazine Variety.

« Lorsque l’une d’entre nous gravit quelques échelons, elle doit aller chercher celles qui sont en-dessous pour les tirer vers le haut », a-t-elle affirmé.

Une partie de la cérémonie sera retransmise à la télévision dimanche, à partir de 17h00 heure de Los Angeles.

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