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Appelle-moi si tu meurs: une amitié tirée par les cheveux

Appelle-moi si tu meurs: une amitié tirée par les cheveux

Jusqu’ici, les séries exclusives du Club Illico m’ont toujours laissé sur mon appétit. Rien contre la plateforme de diffusion, mais il faut croire que leurs propositions ratent souvent la cible dans mon cas, à l’exception de Léo, de Fabien Cloutier, qui m’avait particulièrement charmé l’automne dernier.

Sur papier, la nouveauté Appelle-moi si tu meurs, scénarisée par Claude Legault et Pierre-Yves Bernard, à qui l’on doit la série Minuit le soir, avait tout pour me charmer et me réconcilier avec le Club Illico. Je considère encore Minuit le soir comme notre meilleure production télévisuelle des quinze dernières années, et les deux complices ont le don de mettre à l’écran l’amitié masculine comme personne d’autre.

Cette nouvelle proposition, toujours avec Legault dans un rôle-titre, était très prometteuse, surtout quand on épluche la distribution du projet: Denis Bernard, Pierre Curzi, la lumineuse Elkahna Talbi, la toujours juste Isabelle Vincent et un rare rôle à l’écran pour Didier Lucien, en plus du complice de toujours Louis Champagne. On replonge dans le monde interlope de la métropole, cette fois dans une dynamique entre la police et la mafia avec deux amis d’enfance évoluant aux côtés opposés d’une enquête ouverte.

Legault s’invite à titre de détective chevronné au passé le poussant loin du Québec et Bernard campe un mafieux en pleine ascension dans les rangs de la familia montréalaise. Deux contraires, donc, unis par une enfance commune et une amitié plus forte que le temps, la distance et même le destin.

Comme je disais, sur papier tout était là pour me charmer et je dois avouer avoir visionné la majorité des épisodes avec beaucoup de plaisir. C’est franchement bien écrit et, une fois de plus, l’amitié crève l’écran sous plusieurs déclinaisons, et il y a des moments franchement humains dans cette production qui activeront de sérieuses introspections. Le hic, c’est qu’il faut laisser sa crédulité au vestiaire afin d’embarquer dans la proposition. Malheureusement, la série tire pas mal sur l’élastique.

En commençant par les performances de Denis Bernard et de Pierre Curzi en mafieux. On vous dira que l’anti-casting est audacieux et que les performances sont vivifiantes, mais la vérité, c’est que c’est extrêmement tiré par les cheveux, surtout pour l’accent italien. C’est très difficile de ne pas glousser un peu quand ils se donnent la réplique en basculant entre le français et l’italien avec l’aisance d’une cassette apprise par cœur au son. Je ne dis pas qu’ils jouent faux, au contraire, mais il y une limite à ce qu’un acteur peut faire dans un casting qui n’est pas le sien. Curzi, notamment, ne provoque pas l’effet escompté en parrain de la mafia quand il emploie le même verbe que le politicien passionné qu’il était il n’y a pas si longtemps.

C’est sans vous parler de Louis Champagne et de Claude Legault qui, eux aussi, se risquent à l’italien avec des résultats mitigés. Il y a aussi une présence fantomatique au cœur du personnage de Legault qui, avouons-le, est plus une distraction qu’une addition enrichissante au récit.

Tout ça pourrait nous faire décrocher, mais on reste, on s’accroche, parce que les intrigues sont bonnes, les textes sont bons et les acteurs appuient sur les bons boutons. Ça devient vite une drôle d’expérience que de visionner Appelle-moi si tu meurs, à mi-chemin entre la comédie et le drame, mais quand le décompte avant le début d’un autre épisode s’invite à l’écran, on le laisse atteindre zéro pour voir la suite.

D’autres éléments testeront votre volonté à croire à ce récit farfelu, tiré par les cheveux, mais je ne voudrais pas vous vendre la mèche.

Sans être une grande dramatique renversante, Appelle-moi si tu meurs a plus de qualités que de défauts et, pour ça, mérite votre attention… Même si on s’ennuie drôlement de Dino Tavarone quand on présente la mafia au petit écran.

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