Culture

Des films noirs au bord du canal de Lachine

Des films noirs au bord du canal de Lachine
Photo: Annie St-Amant/Collaboration spécialeFilm Noir au Canal

La cinquième édition de Film noir au Canal a commencé dimanche soir avec Psycho, du maître du suspense Alfred Hitchcock. L’ultime frisson du festival, pour cette année, aura lieu le 18 août au terme de six projections en plein air.

La nuit vient à peine de tomber et les emblématiques néons rouges FIVE ROSES clignotent à travers les arbres du square Saint-Patrick. La rumeur du centre-ville se fait entendre vaguement. Un train passe. Puis, les mots ALFRED HITCHCOCK’S PSYCHO se succèdent sur le grand écran au rythme de la musique haletante et stridente du compositeur Bernard Herrmann.

«Psycho est un film noir américain – il en existe environ 400 – très classique, mais aussi tellement moderne, pour lequel Hitchcock a repoussé les limites de la censure», raconte Serge Turgeon, fondateur et programmateur de Film noir au Canal, également grand amateur du genre. «Jusqu’à l’époque de Jean-Pierre Melville, ce sont, selon moi, les meilleurs films. Au festival, on ne montre d’ailleurs que les chefs-d’œuvre», poursuit-il, esquissant un sourire.

«Nous avons une programmation équilibrée. Pour la dernière soirée, nous voulons faire plaisir aux gens avec un film ayant le plus de notoriété possible.» Serge Turgeon, fondateur et programmateur de Film noir au Canal

Au milieu des silos et des bâtiments industriels, un festival de films policiers peut difficilement rêver meilleure atmosphère. «J’ai pensé au décor du quartier, aux magasins de vêtements vintage. Je voulais vraiment proposer un événement qui plairait aux riverains», explique-t-il, évoquant l’origine de Film noir au Canal en 2015. Il faut dire que tout a débuté lors de corvées communautaires de propreté et de plantation d’arbres, auxquelles le citoyen engagé qu’il est participait à l’époque dans le Sud-Ouest: «J’ai trouvé ça très agréable d’être dans l’espace public et de résoudre des petits problèmes avec des étrangers. J’ai alors voulu instaurer quelque chose de plus festif.»

Ce n’est donc pas un hasard si quatre ans après la première séance, les foules viennent toujours plus nombreuses pour découvrir la sélection pointue de Serge Turgeon, qui choisit les longs métrages avec le soutien d’une dizaine de bénévoles. Les spectateurs étaient en moyenne 180 en 2015, 400 l’année passée et 600 dimanche soir. Record à battre: le public de 800 personnes qui a assisté à la projection de Mulholland Drive de David Lynch l’an dernier.

«Si un policier passe chaque dimanche soir, ce n’est pas pour l’ambiance, s’amuse Serge Turgeon. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les festivaliers. Ce sont des gens très respectueux du lieu et du film, souligne-t-il, beaucoup viennent une heure ou deux d’avance pour pique-niquer sur l’herbe et profiter des musiciens qui sont présents avant le début de la séance.» Une chance également pour le public d’assister à la présentation du film, généralement assurée par des critiques de cinéma ou des professionnels du septième art.

Puisque ce n’est que le début, quels seront les autres films du festival cet été? «Certains ne veulent pas le savoir à l’avance. Un peu à la manière d’un film noir, les gens apprécient le suspense, la surprise. Souvent, je rencontre des voisins et je commence à leur raconter, mais ils ne veulent rien entendre.» Casque d’or de Jacques Becker est d’ores et déjà annoncé pour dimanche prochain, mais pour le reste, deux seuls indices: un film néo-noir québécois et un classique américain… Personne n’en saura plus pour le moment.