Culture
22:42 7 février 2013

Partir en silence dans le film La pirogue

Partir en silence dans le film La pirogue
Photo: K-films amérique

L’odyssée de l’Afrique à l’Europe se fait par La pirogue, un film contemporain sensible où le cinéaste Moussa Touré montre le désir de fuite de la jeunesse de son pays.

La mer se déchaîne. L’eau et la nourriture commencent à manquer. Les mauvaises rencontres fortuites peuvent arriver à tout moment, comme les imbroglios entre passagers. À la fin du périple, la lutte pour la survie s’installe. C’est ce climat de claustrophobie digne du Lifeboat d’Alfred Hitchcock qui est au cœur de ce récit se déroulant largement sur une pirogue.

«Dans mon pays, le Sénégal, il y a 75 % de jeunes et, en général, ceux qui prennent le pouvoir ne s’occupent pas de cette jeunesse, explique Moussa Touré, rencontré dans une auberge près du parc La Fontaine. Quand on parle de jeunesse, on parle d’espoir. Beaucoup de jeunes sont dans le désespoir. Et quand on est dans le désespoir, on se démerde pour trouver de l’espoir.»

Un moyen d’y arriver est de s’embarquer pour l’Europe, même si tout n’est pas nécessairement rose là-bas. De tout quitter et de recommencer, au péril de sa propre vie. «Ce sont des choses qui sont là, qui sont en face de toi, comme tu respires, comme tu vois la mer et le soleil, ajoute le metteur en scène. Tu vois des jeunes partir, des jeunes mourir, des femmes pleurer, des jeunes revenir, d’autres qu’on ne reverra jamais. C’est une évidence de parler de ça quand on est cinéaste. Être cinéaste dans ces pays-là, c’est avoir la parole. Et avoir la parole dans des pays comme ceux de l’Afrique, ce n’est pas facile…»

Mettant au profit son expérience du documentaire pour faire rejaillir la vérité de la fiction, le réalisateur a demandé à ses comédiens de regarder le long métrage Master and Commander, de Peter Weir, pour être le plus juste possible. Il a surtout pris soin de ne pas abuser des mots, leur préférant le silence qui dit tout. «Je filme beaucoup le silence. C’est là où on voit le plus les gens. Quand on est sept jours sur la pirogue, quand on part pour l’espoir et qu’on est plus dans le désespoir et l’ambiguïté, le silence a le dernier mot.»

L’influence de Gilles Groulx
Le cinéaste Moussa Touré ne s’en cache pas : une des inspirations de La pirogue est Un jeu si simple, un film sur le hockey que Gilles Groulx a réalisé en 1964. C’est ce qui lui a donné le goût de coller sa caméra sur le corps des gens, de capter leurs expressions, leurs cris et leur joie.

«Il faut que tu voies poétiquement, subtilement. Si tu veux être dans la subtilité, dans ce qui peut toucher, il faut que tu te rapproches. Dans mon film, je m’approche du visage, de la peau, des mains. En fait, je trouve que nous, Africains, avec notre noirceur, lorsque nous nous rapprochons de nous, nous devenons denses. Nous devenons poétiques, nous devenons ce qu’il faut.»

La pirogue
En salle dès vendredi