Culture

Simon Gouache: tout bien réfléchi

Simon Gouache: tout bien réfléchi
Photo: Collaboration spéciale/Mike PellandSimon Gouache est en tournée partout au Québec. Il s'arrête ce soir au MTelus et samedi au Gesù.

«Tout ce que je veux, c’est que les gens qui viennent me voir passent une belle soirée.»

Derrière cette volonté en apparence très simple, l’humoriste Simon Gouache cache un amour profond de son métier et de la possibilité qu’il offre de toucher le public.

Simon Gouache amorce son deuxième spectacle, justement intitulé Une belle soirée, en prenant le pouls des spectateurs. Qui a vu son premier one man show? Qui le découvre pour la première fois?

«La scène, c’est vraiment la meilleure place pour me rencontrer, prévient-il. C’est là que je fais la meilleure première impression. Parce que, dans la vraie vie, je tombe facilement dans ma tête. J’ai l’air bête.»

Lorsqu’on le rencontre, le comique de 34 ans n’a pas l’air bête. Mais il n’a rien non plus de l’humoriste extraverti qui cherche à puncher à chaque réplique. 

Ses réponses sont longues et bien réfléchies. Calme et posé, sans paraître totalement serein, il est concentré, cérébral, méthodique.

Si son spectacle touche des sujets sensibles comme ses problèmes d’anxiété, il ne s’épanche pas sur ses états d’âme. Son métier, et son désir de le faire le mieux possible, prime.

C’est d’ailleurs cette volonté qui a servi de moteur à la création de son deuxième spectacle solo, conçu et rodé dans l’urgence alors qu’il était encore en tournée avec le premier, Gouache (plus de 50 000 billets vendus).

«J’avais l’impression d’avoir fait le tour. Mon métier, c’est de faire des spectacles sur scène. Je ne vois pas pourquoi je prendrais deux ans entre deux spectacles», explique-t-il simplement.

Pendant «six à huit mois», le stand-up a donc promené ses deux bébés  en même temps, donnant jusqu’à six spectacles par semaine : quatre de l’ancien et deux du nouveau. Il a même joué les deux le même soir le 30 mars dernier, question de tourner la page sur son premier one man show et d’accoucher officiellement du deuxième.

«[La conception d’Une belle soirée] s’est fait très vite. J’ai commencé à partir de zéro l’été passé. Je n’avais donc pas de temps à perdre. Avec le résultat que j’ai beaucoup réfléchi, autant à ma vie personnelle qu’à ma vie professionnelle. J’ai fini par me demander : “À quoi je sers en tant qu’humoriste?” Je suis arrivé à la conclusion que mon seul mandat, c’est que les gens qui se déplacent pour venir me voir ressortent en se disant : “Mais quelle belle soirée j’ai passée!’’ Je me suis concentré là-dessus. J’ai oublié mon ego et tout ce qui pourrait me ralentir dans mon processus d’écriture et de création.»

«Pour faire de l’humour qui rejoint les gens au-delà du rire, il faut que l’artiste fasse une introspection, parle de lui, se pose des questions. Faire rire pour faire rire, ça peut marcher, mais tu ne vas pas marquer les gens.» Simon Gouache

Selon lui, pour que les spectateurs passent une belle soirée, il faut excéder leurs attentes. Il s’est donc donné comme défi d’offrir un deuxième effort solo supérieur au premier.

Pas question de répéter la formule de son numéro sur le crossfit (le sport «qui permet de réaliser qu’on est gros ET pas fort»), succès viral sur YouTube qui l’a fait connaître à grande échelle. Le processus créatif a pris le pas sur les certitudes.

«C’est Louis C.K. qui l’a dit : il ne faut pas s’attacher à son matériel. Il faut toujours creuser encore plus profondément. Au début, tu fais des jokes d’avion et de chien, mais après, tu vas plus loin. Plus t’écris, plus tu vas creux à l’intérieur de toi.»

Anxiété, quand tu nous tiens

Simon Gouache, lui, a décidé de creuser ses problèmes d’anxiété sur scène. Non pas avec lourdeur, mais plutôt comme une façon originale de nourrir son art.

«L’anxiété a longtemps été mon adversaire, alors qu’aujourd’hui c’est davantage mon coéquipier. Je m’en sers comme filtre pour voir la vie. Tout ce que je vis, ce que j’observe, naturellement, ça passe dans le filtre de l’anxiété. Maintenant, au lieu de simplement me taper sur la tête, j’observe ce que ça fait. Je suis chanceux, j’ai une tribune pour parler et faire une thérapie. Alors, je l’utilise.»

Son personnage scénique en est le reflet. Pince-sans-rire doté d’un grand sens de l’observation, il fait de l’autodérision un art.

«Il y a des gens qui se foutent complètement de ce que les gens pensent d’eux et qui font juste vivre leur vie. Et il y a des gens qui sont constamment en train d’observer et qui se demandent pourquoi untel est capable de faire ça et pas eux. C’est mon type de personnalité. En même temps, c’est peut-être ma force numéro un dans la vie : j’ai un sens de l’observation aiguisé. C’est parfait, je fais un métier où c’est très utile.»

Pas question pour autant de jouer la carte de «l’humoriste anxieux» ou de devenir porte-parole d’une quelconque cause.

«La raison pour laquelle j’ai décidé d’être ouvert sur mon anxiété, c’est que j’ai réalisé que la majorité des gens qui en parlaient envoyait un message très négatif. Si je me mets dans la peau de moi il y a 10 ans, ça ne m’aurait pas donné espoir. C’est pour ça que j’en parle dans mon spectacle. Si je peux aider les gens, tant mieux. Parce que je sais c’est quoi, passer au travers et s’en sortir.»

Tout ça, évidemment, en permettant aux spectateurs de passer une belle soirée.

«Quand les gens m’en parlent après mes spectacles, ça me fait chaud au cœur. Parce que j’ai l’impression que mon message passe. Mais mon mandat premier, c’est de vous faire rire. Si ça vous fait réfléchir, réaliser des affaires, tant mieux.»