En terrains connus: petite touche de fantastique
Dans Continental, un film sans fusil, un homme disparaissait dans la forêt, sans explication. Dans En terrains connus, un homme qui dit venir du futur vient mettre un homme en garde : sa sÅ“ur aura bientôt un grave accident de la route. «Et dans le prochain… ça sera autre chose!» lance en souriant le cinéaste Stéphane Lafleur.
Qu’on se détrompe, toutefois : En terrains connus n’est pas un film de science-fiction. «J’aime l’idée du fantastique mêlé à un côté assez naturaliste, dit le réalisateur. Je trouve que ça contamine le reste du film, que ça crée quelque chose, un univers particulier… C’était d’ailleurs important pour moi que, quand cet élément arrive dans le film, il ne soit pas questionné par les personnages. Si ceux-ci acceptent d’emblée que l’homme vienne du futur, les spectateurs aussi. Dans cet univers-là, ça se peut.»
Entrevues avec les artisans du film En terrains connus et extraits vidéo
Outre cet élément, le reste du film est ancré dans la réalité, celle de gens en quête d’eux-mêmes. Maryse (Fanny Mallette) est en état de choc depuis qu’un homme a perdu son bras dans un accident à l’usine où elle travaille et remet par le fait même sa propre existence en question. Benoît (Francis La Haye), coincé dans l’adolescence, vivote chez son père et essaie tant bien que mal de faire fonctionner une relation «adulte» avec sa copine, mère monoparentale. Comme c’était le cas pour Continental, le résultat est parfois assez… déprimant.
«Mais mon but, dans la vie, ce n’est pas de déprimer le monde! se défend Stéphane Lafleur. Mais c’est comme ça, la vie, bien souvent.» Un humour noir et des notes d’espoir teintent toutefois ce deuxième long métrage du cinéaste, ce qui était voulu, assure-t-il. «C’est un film qui peut rejoindre un plus large public que Continental, je crois, à cause du côté humoristique qui est plus poussé, entre autres, mais aussi de la trame narrative, qui est plus soutenue. Je pense que, quand on fait un film, on essaie toujours de corriger les choses qu’on pense avoir ratées dans celui d’avant. J’avais vraiment la volonté d’écrire une histoire qui avancerait plus, ce coup-ci… mais il y a tout de même des moments plus contemplatifs.»
Cette propension à filmer de longs plans a d’ailleurs influencé le choix de ses deux comédiens principaux. «Stéphane et moi, on a travaillé ensemble sur Continental, j’étais dans l’équipe de bruitage, et il a su que je jouais aussi, raconte Francis La Haye. Et ça m’a fait très plaisir, parce qu’il a dit un jour qu’il nous avait choisis, Fanny et moi, parce qu’on était des gens intéressants à regarder longtemps!»
C’est l’univers unique du réalisateur qui a attiré les deux acteurs. «Toutes les situations dans lesquelles Benoît se retrouve, ça me parlait au boutte, lance Francis La Haye. Et quand ça arrive, je me dis : il faut que ça soit moi. Pas égoïstement, mais dans le sens que je vais pouvoir le rendre, que je comprends la direction que le réalisateur veut suivre. Et il y a aussi tout l’univers sonore, qui était déjà très détaillé à l’écrit. Comme je travaille en bruitage depuis quatre ans, je suis très sensible aux sons.»
Fanny Mallette, qui avait également joué dans Continental, se trouve privilégiée d’avoir tenu la vedette dans les deux premiers longs métrages de Lafleur. «J’ai aussi aimé le fait que ça soit une histoire de famille, et de jouer la grande sÅ“ur qui a une tête sur les épaules, mais qui vit un questionnement, un moment de crise existentielle, explique-t-elle. C’est un personnage assez différent de celui de Continental. La Maryse de tous les jours m’aurait peut-être moins intéressée, mais la Maryse en crise, c’était accrocheur.»
Liens familiaux
entrevue. Stéphane Lafleur avait envie d’aborder les rapports frère-sÅ“ur quand il a commencé à écrire En terrains connus. «Mais je ne voulais pas forcément que ça soit le sujet du film», dit-il. Comme Fanny Mallette et Francis La Haye ne se connaissaient pas avant le tournage, jouer un frère et une sÅ“ur a représenté un «beau défi» pour eux. «On tourne dans le désordre; alors, une de mes craintes était qu’on ne voit pas bien l’évolution de Benoît et de sa relation avec Maryse, dit-il. Avec Stéphane, tout se passe dans la subtilité. On n’est pas dans les grandes effusions, et comme il n’y a que peu de dialogues, tout passe par le jeu physique, sans pour autant qu’il y ait cabotinage!»
«Tout passe vraiment par l’intériorité, ajoute Fanny Mallette. On prenait chaque scène et on se mettait en contexte par rapport à ce qui se passait à ce moment-là dans le scénario.» «Mais Stéphane est un excellent directeur d’acteurs, assure La Haye. Il sait ce qu’il veut, et c’était donc très facile de lui donner ce qu’il voulait!»
En terrains connus sera présenté en ouverture des Rendez-vous du cinéma québécois mercredi prochain.
En terrains connus
En salle dès le 18 février
