Culture
13:18 6 septembre 2020 | mise à jour le: 8 septembre 2020 à 12:10 temps de lecture: 8 minutes

FME 2020: Des spectacles exceptionnels pour un festival hors du commun

FME 2020: Des spectacles exceptionnels pour un festival hors du commun
Photo: Christian Leduc/FMEGab Bouchard à L'Âge d'Or

Et puis, c’est comment assister à un festival de musique en temps de pandémie? C’est extraordinaire, mais aussi extra-étrange, voir surnaturel. Retour sur les trois jours du Festival de musique émergente (FME), premier festival de l’été, qui s’est conclu samedi soir à Rouyn-Noranda.

D’abord quelques mots sur l’organisation de l’événement adapté aux règles de la santé publique. La directrice-générale du FME, Magali Monderie-Larouche nous avait prévenus que les consignes seraient strictes et appliquées à la lettre. Chose promise, chose due. Au point où à chaque représentation, des bénévoles prenaient le soin d’accompagner les spectateurs à leurs sièges.

Aucun incident n’a été rapporté et, partout où on s’est trouvé, les règles étaient respectées. Même que samedi soir à l’entrée du Petit Théâtre du Vieux Noranda, la préposée au désinfectant à main (oui oui, on vit désormais dans ce monde) a rappelé gentiment aux spectateurs de rester assis malgré l’envie irrépressible de danser. C’est que la veille, lors de leur deuxième représentation, le groupe We Are Wolves aurait commis le faux pas de demander aux gens de se lever.

La formule réduite du FME a permis de se concentrer totalement sur la musique et les performances, sans aucune autre distraction. En dehors des salles, aucune ambiance: les rues étaient désertes. Sentiment très étrange considérant que par les années passées, 35 000 festivaliers envahissaient le centre-ville de Rouyn. Ce nombre s’élevait à 3000 cette année.

Le moment le plus «2020»

Jeudi soir, à l’ouverture du FME, la fébrilité était à son comble: on s’apprêtait à assister à notre premier spectacle en chair et en os en plus de six mois. Un regard dans la foule extérieure distancée par des clôtures disposées en enclos a permis de constater qu’il y avait de l’électricité dans l’air pour ce concert double des Shirley et des Deuxluxes.

De l’électricité dans l’air, il y en avait littéralement: un orage particulièrement violent, accompagné d’une pluie diluvienne, a forcé l’annulation du spectacle après seulement 30 minutes, empêchant malheureusement les Deuxluxes de monter sur scène. Jusque-là, Les Shirley avaient un plaisir fou à jouer pour la première fois devant public – comme la majorité des artistes sur place.

La chanteuse et guitariste Raphaëlle Chouinard a parfaitement résumé notre pensée en annonçant à contrecœur la fin précipitée du spectacle: «2020! 2020!» a-t-elle maudit, le poing en l’air.

La pluie et le beau temps

La météo incertaine a ponctué les trois jours de cette 18e édition très spéciale du FME, alternant continuellement entre soleil et averses. Pas de chance, deux autres représentations extérieures ont été arrosées.

La première en faible dose, heureusement. Il s’agit de celle de Jonathan Personne (Jonathan Robert de son vrai nom), projet solo du chanteur et guitariste du groupe Corridor, qui a par ailleurs offert une solide performance la veille.

Ce dernier a présenté pour la première fois sur scène son deuxième album, Disparitions, fraîchement dans les bacs. Un son aux influences western, plus doux que son autre projet, qu’il a fait bon apprécier avec la vue sur le lac Osisko.

Un gros nuage gris était davantage tenace le lendemain pour le spectacle extérieur de Flore Laurentienne, donné en bordure du lac Flavrian, à l’extérieur de la ville. Le soleil n’est réapparu qu’à la toute fin de cet agréable concert instrumental alliant habilement musique classique et électronique. Averse ou pas, leurs longs morceaux hypnotisants se prêtaient parfaitement à une écoute en plein air.

La plus belle surprise

Malgré les contraintes de la pandémie, le FME a réussi le tour de force d’ajouter quelques concerts surprises à sa programmation déjà béton.

Celui de Le Couleur est sans contredit notre coup de cœur de la fin de semaine. Parce qu’on a pu être debout et danser, ce qui ne nous était pas arrivés depuis belle lurette. Parce que leur électro-disco-pop-rock – «Oubliez l’étiquette électro pop, on est rock!» a lancé la chanteuse à la voix cristalline Laurence Giroux-Do – est tout simplement parfaite pour ce faire.

Qu’il était beau de voir les sourires radieux du public dispersé au coin des rues Principale et Perreault!

Ce fut aussi l’occasion de découvrir en primeur quelques titres de Concorde, nouvel album très prometteur du trio qui paraîtra vendredi et dont on vous parlera plus amplement d’ici là.

Mentions à l’homme en triporteur qui a traversé la foule en plein milieu du spectacle et à l’enlevant segment électro qui nous a fait vivre un moment de grâce dans le soleil couchant.

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Les ensorceleuses

La rappeuse frondeuse Backxwash, nommée sur la courte liste du prix Polaris, est un phénomène. Déjà, avec sa chevelure digne de Cruella et sa longue robe à volants gothique, elle est ensorcelante.

Seule sur la toute petite scène du Cabaret de la dernière chance, une main sur la hanche, l’autre tenant son micro, elle a livré avec brio son rap enragé et engagé, gardant son public captif du début à la fin.

Backxwash, alter ego d’Ashanti Mutinta, a des choses à dire. Dans ses brûlots, l’artiste trans originaire de la Zambie déverse son fiel et dénonce les oppressions. Une prise de parole salutaire.

Une autre chanteuse à la présence envoûtante est Anachnid. Dans le charmant parc botanique à fleur d’eau, la toute aussi charmante artiste d’origine oji-crie et mi’gmaq a généreusement offert les chansons de son album Dreamweaver, oscillant entre pop rêveuse, hip-hop, trap, électro et chants traditionnels.

Sa longue robe noire vaporeuse évoquait le corbeau, animal associé à la saison des récoltes en cours, a-t-elle expliqué. La jeune artiste a su communier avec le public tout au long de sa performance incarnée et ressentie en partageant les histoires personnelles derrière ses chansons, qui abordent entre autres les pensionnats et le symbolisme des tresses. Sur scène, elle était parfaitement dans son élément.

Place au théâtre…

Pour un groupe rock, jouer devant un public assis et distancé est très déstabilisant. Parlez-en à Corridor et à We Are Wolves. Les deux formations ont tour à tour blagué sur le contexte particulier de leurs spectacles.

«Bienvenue à la représentation théâtrale de We Are Wolves! Ça va être une expérience scénique», a prévenu le chanteur Alexander Ortiz.

C’en fut toute une, avec costumes (de longs imperméables, très tendance FME été/automne 2020), accessoires (merci au thérémine, nouveau «jouet» du groupe) et une performance survoltée du batteur Pierre-Luc Bégin, qui nous a balancé hors contexte la phrase suivante: «On a tous une crapule au fond de nous». À réfléchir.

On a aimé l’énergie dans le tapis des loups, malgré quelques problèmes de sonorisation. Ceci dit, les gars de Corridor ont mieux su adapter leur musique à cette expérience assise en mettant de l’avant leurs arrangements riches et planants.

…Et à l’humour

La plupart des artistes ont fait preuve d’humour pour contrer le malaise de jouer dans des salles à capacité réduite où on avait l’obligation de rester sage comme une image. Notre blague préférée revient à Jonathan Robert lors de la performance de Corridor, qui a crié à la foule: «Êtes-vous bien assis? Attachez votre tuque, ça va brasser!»

Le rappeur KNLO a particulièrement su tourner la situation à son avantage. Déjà, son album CLUB Mixtape 2020, paru durant l’été, évoque la pandémie, notamment dans le tube L’école à la maison. «2020, la plus belle année de nos vies», a-t-il lancé en démarrant son spectacle en force.

Accompagné de Caro Dupont à la voix et à la flûte traversière, le membre d’Alaclair Ensemble a livré une performance impeccable et groovy à souhait devant un public conquis. L’envie était forte de se lever de notre siège pendant l’irrésistible Plafond.

On en aurait pris plus. Heureusement, le trio Brown Family – sans aucun doute la famille la plus cool au Québec – a assuré tout juste après avec son rap mélodieux aux influences reggae, merci à Papa Robin Kerr, qui était entouré de ses fils David (Jam) et Grégory (Snail Kid).

«Faites du bruit pour mon père!» a lancé ce dernier à quelques reprises, visiblement fier de partager la scène avec son patriarche.

Le trio a joué quelques morceaux de son plus récent album, Brown Baby Gone, dont la bombe Nervous. KNLO et son confrère d’Alaclair Eman se sont joints au trio pour ce moment d’une rare intensité, sans contredit un des meilleurs de ce FME pas comme les autres.

Notre journaliste a séjourné à Rouyn-Noranda à l’invitation du FME

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