En souvenir des pionniers du rock
La création d’un musée du rock’n’roll québécois s’est un jour imposée comme une évidence à son directeur général, Patrice Caron. «J’ai 20 ans d’expérience dans le milieu de la musique sur la scène locale, et j’avais déjà fait tout ce qu’il est possible de faire, lance-t-il. Un musée me semblait une bonne idée parce que j’ai toujours eu le souci de mettre en perspective l’histoire de la musique. On a tendance à penser que Malajube a inventé la roue en matière de rock, mais ce n’est pas le cas.»
C’est en visitant ce qui se faisait dans d’autres pays et en effectuant de la recherche sur le matériel disponible au Québec qu’il s’est rendu compte qu’il existait chez nous une histoire assez vaste pour justifier la création d’un musée.
L’exposition D’Elvis aux Beatles – dont le titre fait référence aux artistes phares de la période 1956 à 1964 –, qui débutait hier, regroupe un nombre impressionnant d’artefacts, de photographies, d’albums et d’articles de journaux de l’époque. De plus, le 19 juin au Club Soda, André Lejeune animera un spectacle au cours duquel plusieurs artistes (dont Jérolas et Arthur Cossette des Jaguars) seront intronisés au musée.
Selon le directeur du musée, les artistes de cette période ont précédé la vague rock’n’roll aux États-Unis. «Ils ont ouvert la voie, donné l’idée à d’autres de se lancer dans ce créneau-là, mais ils ont malheureusement, pour la plupart, été oubliés, explique-t-il. En ce qui con-cerne certains autres, comme les Jérolas ou André Lejeune, on ne se rappelle plus qu’au début de leur carrière, ils ont fait du rock’n’roll. On voulait donc montrer que le rock’n’roll n’est pas arrivé avec les Classels ou les Baronets; il y a eu autre chose avant.»
Cette exposition, Patrice Caron la considère un peu comme un «camp d’entraînement» pour la suite des choses, puisqu’il a en tête une vingtaine d’années d’expositions thématiques concentrées sur différentes périodes. «La première a été particulièrement difficile à monter parce que l’histoire de cette période n’a pas été écrite dans sa totalité, raconte-t-il. Ça nous a pris environ un an et demi pour tout mettre ça ensemble.»
Lui et son équipe ont ensuite entrepris d’accélérer la cadence afin de pouvoir enclencher le projet. «On a voulu bâtir quelque chose qui durerait et qui servirait de référence aux générations futures, soutient M. Caron. Je dis souvent à la blague que, quand on va parler chinois partout, on va avoir une preuve qu’on a déjà chanté en français au Québec.»
L’instigateur du projet se dit très content d’avoir réussi à mettre la main sur la guitare avec laquelle Jérôme Lemay a joué lors de son passage au Ed Sullivan Show, malgré le récent décès du musicien et humoriste.?«On avait réalisé une entrevue d’environ quatre heures avec lui l’an dernier, et la guitare est un des gros morceaux qu’on avait réussi à négocier, se souvient-il. Entre-temps, il est décédé, alors on a dû attendre un certain temps, mais on a tout de même pu l’obtenir.»
Les costumes de scène originaux des Jaguars font également sa fierté : «Ça doit faire 10 fois que j’y touche aujourd’hui! C’est un morceau d’histoire.»
D’Elvis aux Beatles: la naissance du rock’n’roll au Québec 1956-1964
Au Centre Pierre-Péladeau
Jusqu’au 9 juillet