Culture

Et si le socle de la statue de John A. Macdonald devenait un site d’art public?

John A. MacDonald
Des amis s'amusent au piedestal de la statue John A. MacDonald Photo: Josie Desmarais/Métro

Un an après avoir été déboulonnée et décapitée, la statue de John A. Macdonald demeure entreposée. Alors que la Ville de Montréal n’a toujours pas pris de décision quant à son avenir, des voix s’élèvent pour aménager un site d’art temporaire sur son piédestal.

Le 29 août 2020, dans la foulée d’une manifestation contre le racisme, la statue de l’ancien premier ministre du Canada et père de la Loi sur les Indiens – qui a mené à l’instauration des pensionnats autochtones et des réserves – a été déboulonnée au square Dorchester. Elle avait été vandalisée à maintes reprises auparavant.

Plutôt que de remettre en place une statue controversée qui, aux yeux de plusieurs, est un symbole de racisme et de colonialisme, l’historien et professeur émérite de l’Université Concordia Ronald Rudin propose une nouvelle vocation au site: celle d’y aménager un lieu de diffusion d’art temporaire.

Cette idée s’inspire directement du Fourth Plinth, un piédestal laissé vacant à Londres, en Angleterre. Depuis une vingtaine d’années, les installations d’art public contemporain s’y succèdent, suscitant toujours un vif engouement.

Un espace pour des œuvres engagées

Étant donné la charge historique et sociale associée à John A. Macdonald, l’occasion serait toute indiquée pour inviter des artistes contemporains à diffuser sur le socle où logeait sa statue des œuvres faisant échos à la carrière du premier premier ministre du Canada.

«Ce serait une belle occasion d’offrir cet espace à des artistes autochtones qui pourraient y exprimer leurs perspectives sur le passé», soutient Ronald Rudin. C’est également ce que souhaiterait voir l’artiste multidisciplinaire Montréalaise d’origine kanien’kehá:ka (mohawk) Hannah Claus.

«Comme ce lieu est fondamentalement politique, ça demande une réponse ou un dialogue artistique qui soit lui aussi politique.»

Hannah Claus, artiste multidisciplinaire

Elle serait emballée si on lui proposait de créer un projet artistique à cet endroit. «Il pourrait y avoir des performances, des projections ou des installations autour du socle», s’enthousiasme celle qui est aussi cofondatrice du Centre d’art daphne, lieu de diffusion consacré aux arts autochtones.

Hannah Claus s’est déjà intéressée à la question des monuments historiques en 2017 lors du projet Hochelaga Rock, inspiré par la roche commémorative de l’arrivée de Jacques Cartier à Montréal, située sur le campus de l’Université McGill.

«L’important dans ces projets est d’offrir un espace qui permette d’entendre d’autres voix et de faire place à une pluralité de points de vue», dit-elle.

L’éphémère comme réponse à la permanence

Selon M. Rudin, remplacer la statue de John A. Macdonald par des installations temporaires artistiques enverrait le message qu’on peut aborder l’Histoire autrement. «Le problème avec les structures permanentes, c’est qu’elles donnent l’impression qu’il y a une réponse définitive au passé, alors que le temporaire montre que notre compréhension du passé change et évolue», dit-il.

Cette vision est en phase avec celle des communautés autochtones, soutient Hannah Claus. «L’idée d’œuvres éphémères reflète notre perspective, qui conçoit le temps comme étant fluide et non linéaire», exprime-t-elle.

Par son caractère éphémère, ce type d’art public est souvent ancré dans l’actualité, ce qui donne lieu à des oeuvres plus audacieuses, souligne la doyenne de la Faculté des beaux-arts de l’Université Concordia, Annie Gérin, qui se montre favorable à l’idée de transformer le socle du square Dorchester en lieu de diffusion artistique.

«L’art public est souvent un peu sage, car quand on sait qu’une œuvre sera installée pour les 90 prochaines années, on évite la controverse, a-t-elle expliqué à Métro lors d’une entrevue accordée en janvier dernier dans le cadre d’un reportage sur l’art public. Les œuvres éphémères permettent une prise de risque intéressante.»

Avenir incertain pour la statue de John A. Macdonald

En juin dernier, dans la foulée de la découverte des dépouilles d’enfants autochtones sur les sites d’anciens pensionnats au pays, la statue d’Egerton Ryerson à Toronto a été déboulonnée. Les autorités ont confirmé qu’elle ne serait pas replacée.

Toujours en Ontario, à Kingston, le conseil municipal a récemment déplacé une statue Macdonald dans un cimetière, ce que réclamait un groupe de militants.

À Montréal, aucune décision n’a été prise quant à l’avenir du monument où se trouvait la statue de John A. Macdonald. «La Ville de Montréal élabore présentement un cadre d’intervention en reconnaissance, en concertation avec des partenaires et des experts», a fait savoir par écrit la chargée de communications Fabienne Papin.

Ce cadre devrait être adopté par le conseil municipal à l’automne, précise-t-elle. Par la suite, un processus d’évaluation du monument sera déclenché. D’ici là, la statue reste entreposée «dans des locaux fermés au public».

«Je crois que c’est un dossier trop chaud, soutient l’historien Ronald Rudin. Je ne crois pas que la Ville a intérêt à reprendre ce débat avant l’élection de novembre.»

L’historien souhaite que l’avenir de cette statue soit un enjeu électoral. C’est pourquoi, en partenariat avec le Centre canadien d’architecture et d’autres partenaires du milieu universitaire, il lancera cet automne un appel de projets temporaires adressé aux jeunes artistes.

«Le défi est de convaincre la Ville de faire quelque chose, parce que l’inertie ne pourra pas durer. Le temps est venu d’avoir cette conversation.»

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