Culture

«Boy Boy Montréal»: dans les coulisses de la porno gaie

Isabelle Hamon et Raphaël Massicotte, réalisateurs de «Boy Boy Montreal». Photo: Josie Desmarais/Métro

Las d’entendre les mêmes préjugés sur leur métier, les réalisateurs de porno gaie Isabelle Hamon et Raphaël Massicotte démystifient et humanisent leur vie professionnelle dans la série documentaire Boy Boy Montréal.

«On ne correspond pas à l’image qu’on se fait de réalisateurs de films porno», lance d’emblée Isabelle Hamon, qui est lesbienne et réalisatrice de porno gaie à Montréal depuis 12 ans.

Lorsque son collègue Raphaël Massicotte l’a rencontrée pour la première fois, lui-même s’est dit: «Hey, tu es une personne normale!», se souvient-il en riant.

Cette anecdote en apparence banale traduit l’intention de leur projet documentaire offert dans cinq pays: répondre tout haut aux questions qu’on se pose tout bas sur l’industrie de la porno.

Après tout, la pornographie est largement consommée en ligne et génère des milliards de dollars chaque année. Il est donc d’intérêt public d’en montrer l’envers du décor.

Partant de leur propre expérience comme réalisateurs de porno gaie, ils donnent la parole à six acteurs montréalais – Trent King, Skyy Knox, Guillaume Patenaude, Edward Terrant, Teddy Torres, River Wison – ainsi qu’à plusieurs autres intervenants.

Série éducative

En 10 épisodes de 22 minutes, sont abordés un tas d’enjeux liés à l’industrie de la porno, comme la santé sexuelle, le salaire des acteurs, la pression pour répondre à des critères de beauté et les rapports à la famille et au couple.

Les réalisateurs assurent qu’ils montrent leur réalité telle qu’elle est. «On ne cherche pas à t’expliquer, on fait juste te plonger dans ce milieu. Après, c’est à toi de choisir ce qui correspond à ton éthique», soutient Raphaël Massicote.

Au même titre que les docus-réalités comme 180 jours et De garde 24/7 montrent le quotidien d’une seule école et d’un seul hôpital, Boy Boy Montréal présente la réalité d’un seul groupe d’acteurs travaillant au sein d’un même studio.

«On n’a pas la prétention de faire un portrait d’ensemble du milieu, c’est pour ça qu’on a mis l’accent sur notre industrie à Montréal», explique Isabelle Hamon.

«Un milieu sain»

À plusieurs reprises lors de notre rencontre, la réalisatrice insiste sur le fait que l’industrie dans laquelle elle travaille est saine. «Je ne peux pas dire que le porno est sain en général. Il y a d’autres types de productions ailleurs. Mais nous, ce qu’on fait à Montréal, c’est sain.»

Lorsqu’on parle de pornographie dans les médias, c’est souvent lorsqu’il y a des scandales, comme celui concernant la multinationale MindGeek, basée à Montréal, qui a permis la mise en ligne de contenus illicites.

«Ce qui est dommage, c’est qu’on met toutes les plateformes dans le même panier, même celles qui sont encadrées, comme la nôtre», déplore Isabelle Hamon.

Je ne cache pas le fait que je travaille en porno, c’est une fierté pour moi.

Isabelle Hamon, réalisatrice de porno gaie

La cinéaste assure que son expérience en porno est beaucoup plus positive que ce qu’elle a vécu dans le milieu de la télévision traditionnelle. «Les producteurs, la pression, l’hypocrisie, les couteaux dans le dos… Il n’y avait rien de ça quand je suis arrivée en porno. Les gens sont tellement habitués d’être jugés qu’ils ne jugent pas!» se réjouit-elle.

«Ce qui a été le plus flagrant pour moi est que c’est une industrie comme toutes les autres», renchérit son collègue à propos de ses débuts dans le milieu.

Démocratiser la porno

C’est par choix que la facture visuelle de leur série est ludique, avec son générique d’ouverture aux couleurs vives aux animations de dildos volant.

«Tous les documentaires sur l’industrie pornographique sont hyper dramatiques et n’abordent que les côtés sombres de ce milieu, déplore Isabelle Hamon. Oui, plusieurs personnes ont vécu de mauvaises expériences, mais on voulait présenter un volet positif

Ce qui n’empêche pas les acteurs de partager des témoignages parfois troublants à l’écran, notamment en lien avec le racisme et la prise de drogues de performance. «Plusieurs enjeux ont été soulevés par les acteurs eux-mêmes», soutient Raphaël Massicote.

En montrant divers aspects des coulisses de la pornographie, les deux cinéastes souhaitent éduquer le grand public. «Il faut arrêter de voir ça comme un monde underground parce que ça ne l’est pas. On parle d’une industrie que tout le monde consomme!» clame Isabelle Hamon.

Et tant que le public continuera à consommer en masse de la pornographie, aussi bien l’outiller, croit-elle. C’est pourquoi elle souhaiterait un jour faire une tournée des écoles secondaires.

«Parlons-en! Il faut expliquer que la porno, c’est comme le cinéma: quand tu regardes Fast and Furious, ce n’est pas la réalité!»


Boy Boy Montréal

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