Nuits burlesques à Montréal
Le Grand Burlesque Show, c’est trois soirs faits de glamour, de paillettes et de plumes. Scarlett James, la fondatrice passionnée de cet événement se tenant au Club Soda, nous explique pourquoi cet art qui connaît une incroyable croissance de popularité la fait tant vibrer.
On sait que votre amour du burlesque est né quand vous avez vu un spectacle au MainLine Theater. Était-ce vraiment l’amour au premier regard?
Peut-être pas l’amour… mais une révélation! J’ai grandi en France avec Dalida, les images de Marilyn Monroe, de la princesse de Monaco, de Hollywood… J’ai longtemps cherché ce que je voulais faire de ma vie. Quand j’ai vu ce spectacle, tout s’est mis en place dans mon esprit. J’ai su que je voulais aider à faire connaître le burlesque à Montréal. Il a fallu que je travaille très fort. Encore aujourd’hui, je me bats pour que cet art soit reconnu au même titre que le cirque ou la danse.
Sentez-vous encore une certaine résistance du public?
Parfois. Certaines personnes ne sont pas très à l’aise de voir des artistes retirer des morceaux de vêtements! Et puis, il y a beaucoup de spectacles qui sont présentés sous le nom de burlesque qui ne sont pas forcément très beaux! Ceux qui ont vu des trucs plus moches sont traumatisés et quand on dit le mot «burlesque», ils se sauvent en courant! (Rires)
Vous dites prendre le meilleur du passé pour lui donner une couleur actuelle. L’alliage entre le moderne et le vintage, c’est primordial?
Oui. La nostalgie, c’est bien, mais il n’y a pas seulement ça. Le burlesque est en pleine renaissance et je voulais le faire entrer dans le XXIe siècle à Montréal. C’est important de se souvenir d’où on vient, mais c’est aussi important de s’adapter à l’époque à laquelle on vit.
Votre métier exige que vous soyez active sur tous les fronts. Vous êtes à la fois costumière, femme d’affaires, chorégraphe… Demandez-vous parfois un regard extérieur sur votre travail, ou ce regard, c’est le public qui vous l’offre?
C’est vraiment le public. L’idée du burlesque consiste avant tout à établir une connexion avec les spectateurs afin de leur faire vivre un moment de rêve dans notre univers!
Vos costumes – que vous fabriquez à la main avec votre mère! – se caractérisent par leur profusion de détails. Votre passion vous demande un investissement de temps absolument incroyable, non?
Avec le temps, on acquiert des techniques, mais oui, ça prend du temps! Quand on voit un chapeau qui est criblé de pierres, je confirme qu’elles ont été posées une après l’autre… et à la main! (Rires) Mais vivre sans ça serait impossible. Ça fait partie de ma personnalité. C’est comme si j’avais huit ans et que je jouais avec mes poupées Barbie!
Ça fait partie de ce désir de créer du rêve?
Absolument! Surtout à l’ère d’aujourd’hui, où tout le monde porte des jeans et des t-shirts. Je n’en peux plus! Quand j’étais petite, je rêvais de sortir habillée avec des paillettes et des plumes sans que les gens pensent que j’étais déséquilibrée! (Rires) Comme je ne trouvais pas d’endroits pour le faire, j’ai décidé de créer mon espace!
Pour certaines, porter une robe est un cauchemar. Pour vous, ce sont les jeans?
J’aime ça de temps en temps, mais mon Dieu, c’est juste ça qu’on voit! Cette semaine, j’ai rencontré le premier ministre français et j’ai vu des gens qui étaient en jeans! Je me suis dit, mais voyons donc! Dans quel monde vit-on? C’est une de ces occasions où même les hommes devraient sortir leur costume!
Montréal n’a pas de club de burlesque ouvert à l’année. Est-ce que cela rend un événement comme le vôtre d’autant plus important et influent?
Je ne sais pas… C’est sûr que s’il y avait quelque chose de plus constant à Montréal, le Burlesque Show fonctionnerait encore mieux. Mais avoir un club, c’est une autre game!
Une autre game… et un rêve?
Bien sûr! J’aimerais avoir un cabaret à l’année! Mais je ne sais pas si Montréal est prête pour ça. Paris a Le Moulin Rouge, les Folies Bergère et le Crazy Horse, mais ce sont des institutions! Et puis, le tourisme est beaucoup plus important là-bas!
Récemment, TV5 a présenté Burlesque, l’art et le jeu de la séduction, une série documentaire à laquelle vous avez participé. Une des artistes y affirme que le burlesque est davantage une célébration de la femme qu’une simple acceptation. Êtes-vous d’accord?
À 100 %. Je trouve que les femmes sont belles à tous les âges, qu’elles soient rondes, maigres ou minces. Ce que j’aime du burlesque, c’est que nous ne sommes pas victimes de ce que nous dictent les magazines de mode où toutes les filles sont des photocopies! On offre une diversité rafraîchissante!
Dans cette série, vous dites que «Scarlett James est une exagération de vous-même». Est-ce aussi une exagération du meilleur de vous?
Hmm… ! (Rires) Non, seulement d’une partie de moi! J’adore bien m’habiller, porter des plumes, mais je n’irais pas faire mes courses comme ça!
Le Grand Burlesque Show
Au Club Soda jusqu’à samedi