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Lumière sur Corno

Photo: collaboration spéciale

La célèbre artiste québécoise a ouvert les portes de son atelier de New York au réalisateur Guy Édoin et à son équipe.

Après avoir fini de tourner son plutôt sombre premier long métrage de fiction Marécages, c’est de lumière que Guy Édoin avait envie. Et cette lumière, dit-il, s’est présentée sous la forme d’un projet de documentaire sur Johanne Corneau, alias Corno, artiste peintre originaire de Chicoutimi admirée par les uns, snobée par les autres, mais qui a réussi à se faire un nom à New York et partout dans le monde avec ses toiles représentant généralement de sensuels visages de femmes.

«À la base, je suis scénariste, rappelle Guy Édoin, qui a coscénarisé Corno, une rencontre avec Martin Bisaillon, Fabienne Larouche, Michel Trudeau et Dominique Champagne. Quand j’ai rencontré Johanne, je l’ai trouvée inspirante, j’ai trouvé que c’était une bonne histoire à raconter. Et il y a quelque chose de vraiment lumineux dans son œuvre.»

Le projet de film, explique Corno, est en fait un prolongement de ce qu’elle souhaitait faire avec son livre Cornographie, soit offrir une réponse aux nombreux jeunes qui lui écrivent chaque jour pour en savoir davantage sur son parcours. «Je me suis dit que ça serait l’fun d’avoir un documentaire qui pourrait être projeté dans les écoles et qui montrerait aux jeunes que c’est possible de réaliser ses rêves; j’en suis la preuve», lance-t-elle.

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Ouvrir pour la première fois son atelier à une équipe de tournage n’aura pas été chose simple, admet-elle : «Ce n’est pas ça que je fais dans la vie! Quand tu es peintre, tu es seul dans ton monde, rarement avec des gens.» En outre, l’idée de peindre devant d’autres l’avait toujours rebutée : «On dirait qu’on fait semblant, explique-t-elle. Mais là, je n’avais même pas l’impression qu’il y avait quelqu’un avec moi. Je ne le voyais pas, ne le sentais pas.»

Il faut dire que Corno et l’équipe de Guy Édoin se sont apprivoisés petit à petit, dit le cinéaste. «Je connaissais un peu son œuvre, mais j’ai appris à connaître la femme au fil des tournages, qui se sont échelonnés sur huit ou neuf mois, raconte-t-il. Plus le temps avançait, plus on devenait complices, si on veut. Ç’a rendu possible d’aborder des trucs en entrevue que je n’aurais pas pu envisager six mois avant.»

Aussi le film aborde-t-il les critiques sévères auxquelles Corno fait souvent face, le fait que son art soit jugé trop commercial, pas assez profond, notamment. Et lui permet de répondre à celles-ci. «Ç’a été difficile; pour moi, c’était super important que le portrait ne soit ni complaisant ni irrespectueux, affirme Guy Édoin. Et au final, je voulais rendre justice à l’engagement de cette femme envers son travail, aux sacrifices qu’elle a faits pour en arriver là, ce qui demeure résolument inspirant.»

De son côté, de toute façon, Corno ne voulait pas d’un portrait complaisant : «Ça aurait été plate! lance-t-elle. J’ai été très impressionnée du travail qu’ils ont fait, c’est un film très terre à terre, qui montre tous les côtés de mon travail là-bas. Et je pense que le but du film n’était pas de faire un statement sur l’art ni de remettre les pendules à l’heure, mais de montrer ce dont je suis le plus fière : mon engagement par rapport à mon art. Je n’ai pas perdu la flamme, elle est plus forte que jamais.»

Filmer autrement
Après des débuts en fiction – une trilogie de courts métrages et un long, Marécages –, le cinéaste Guy Édoin fait ses débuts en documentaire avec Corno, une rencontre. Un médium qui l’intéressait déjà, «mais je ne m’attendais pas à ce que ça arrive comme ça, avoue-t-il. J’ai saisi la balle au bond parce que le sujet était stimulant; tourner à Dubai, à New York… c’était assez attirant!»

Mais tourner une fiction et faire un documentaire sont deux choses différentes, a-t-il constaté. «Au début, je trouvais ça dur d’accepter qu’il ne se passe pas toujours quelque chose pendant les tournages. En fiction, on a peu de temps, on contrôle tout, tandis que là, je devais vraiment être à l’écoute de mon sujet, rester libre, y aller d’instinct. Je me mettais beaucoup de pression au début, et au fur et à mesure, ça a laissé place au plaisir.»

S’il admet «avoir eu la piqûre pour le documentaire» et souhaite y revenir éventuellement, Guy Édoin compte d’abord retourner à ses premières amours, soit la fiction. Et les projets ne manquent pas : «Je commence à chercher de financement pour mon prochain film, Ville-Marie, et j’adapte un roman [La canicule des pauvres, de Jean-Simon Desrochers]. Mais le documentaire m’a appris plein de choses qui vont m’être utiles en fiction. Tout finit par se nourrir!»

Corno, une rencontre
En salle dès le 29 mars

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