Norwegian Wood: l'univers des possibles
Après sa trilogie L’odeur de la papaye verte (Caméra d’Or à Cannes), Cyclo (Lion d’Or à Venise) et À la verticale de l’été, le réalisateur vietnamien n’a plus donné signe de vie pendant près d’une décennie. Il est de retour avec La ballade de l’impossible, l’adaptation d’un roman d’Haruki Murakami.
«Ce qui est important pour moi, c’est le genre d’émotions qui se dégage d’un sujet, expliquait-il lors de son passage à Montréal pendant le Festival du nouveau cinéma. En lisant le livre, j’avais l’impression qu’il me suggérait une écriture cinématographique intéressante. Je lis énormément pour chercher des sujets, mais il n’y a pas beaucoup de livres que j’ai envie d’adapter. Ce qui m’avait perturbé et bouleversé chez Murakami, c’est qu’il parvenait à entretenir une relation extrêmement intime avec moi-même.»
L’action du long métrage se situe à Tokyo, à la fin des années 1960. Watanabe est amoureux de Naoko, qui est encore affectée par le suicide de Kizuki. Le récit en est un d’apprentissage de l’amour, du sexe et de la mort. «Je dirais que le film parle de la manière dont un jeune homme prend des coups émotionnels dans la vie pour arriver à la maturité, décortique le metteur en scène. C’est quelque chose qui, d’une certaine manière, est inévitable. Et lui, il a la chance de vivre des instants extrêmement forts et intenses. C’est sur la façon dont on tombe amoureux et la manière dont l’amour, à un moment donné, fait vraiment peur.»
L’essai est marqué d’une mélancolie qui se devine derrière chaque image. Un profond sentiment de perte, l’impression que le passé aurait pu être différent. «Quand on a 20 ans, on a des tas d’aspirations qui sont là comme une possibilité de rencontre, de passion, se rappelle le cinéaste. On vit avec cette possibilité longtemps, en pensant qu’on va pouvoir les vivre. Et puis soudain, on s’aperçoit que le moment est passé et que ces aspirations-là sont perdues à jamais.»
Musique obscure
Les cinéphiles amateurs du groupe culte Radiohead seront surpris d’entendre les compositions du musicien Jonny Greenwood. Une musique instrumentale qui n’a rien à voir avec son travail pour Bodysong ou We Need to Talk About Kevin. «Quand j’ai vu There Will Be Blood, j’ai été frappé par la sonorité de la musique, déclare Tran Anh Hung. C’est quelque chose qui sonnait nouveau et frais à mes oreilles. Il y a tellement de films qui sonnent de la même façon et ça m’ennuie. Jonny avait ce côté à la fois extrêmement sombre, et en même temps de la beauté venait de cette obscurité. Pour ce film à la beauté obscure et au romantisme assez sombre, c’était la bonne personne pour faire la musique.»
La ballade de l’impossible (Norwegian Wood)
En salle dès vendredi