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Avec Appels entrants illimités, David Paquet souhaite briser l’isolement

Photo: collaboration spéciale

Avec Appels entrants illimités, présentée à La Licorne dès demain, le dramaturge David Paquet continue son exploration de la cohabitation, en mettant en scène des personnages forcés d’entrer en relation les uns avec les autres. Mais cette fois, ce grand, très grand sensible ouvre une porte sur le collectif.

Les trois personnages d’Appels entrants illimités sont ensemble dans un refuge. Ils ont peur du monde qui se trouve au-delà de la porte derrière laquelle ils se cachent. Ils ont peur de ce qu’il y a dehors. Mais qu’y a-t-il dehors, au juste? Au départ, leur créateur, David Paquet, pensait que c’étaient des trucs «extrêmement surréalistes». Comme une femme de 15 mètres. Puis, il a commencé à faire des liens entre cette petite démesure et une certaine réalité. «J’ai compris que cette femme de 15 mètres, c’est celle qu’on voit sur les panneaux publicitaires. Celle qui représente la tyrannie de l’apparence. J’ai alors senti que j’étais passé du surréalisme au sociétal», observe-t-il.

À l’image de ses personnages qui craignent l’extérieur, le dramaturge québécois avait une réticence à ouvrir une fenêtre de son écriture sur le politique, ou plutôt – il préfère ce terme –, sur le collectif. «Le danger de traiter de l’actualité au théâtre, c’est qu’on devient rapidement désuet», remarque-t-il.

Mais celui qui se définit comme «un auteur de l’irréel» souligne aussi que sans «être une pièce sur le carré rouge», sa nouvelle œuvre a été marquée par les événements de la dernière année. Et qu’il aurait difficilement pu s’abstenir de placer ses personnages «dans un monde qui se rapproche du nôtre». «Quand tu sens ce bouillonnement culturel, sociétal, à la limite planétaire, tu ne peux pas virer de bord et écrire une pièce sur le rouge à lèvres!»

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C’est avec Porc-épic, pièce qui lui a valu le prestigieux prix littéraire du Gouverneur général du Canada, que le jeune créateur s’est fait connaitre du grand public. Avant d’écrire cette histoire récompensée qui lui a notamment appris à ne «jamais juger ses personnages», il se souvient avoir eu en tête des images, des phrases. Pour ce nouveau projet aussi, certains flashs lui sont passés par la tête. «Il y avait un personnage qui s’amusait à se déguiser. Puis un autre qui était mené autant par la peur que par le désir, énumère-t-il. Et finalement, il y avait la phrase : ‘‘Mon homme, c’est un extraterrestre.’’ Je me disais : ‘‘C’est étrange! Qu’est-ce que ça va devenir, tout ça?’’»

Tout ça est devenu Appels entrants illimités. Une pièce qui a forcé David à travailler d’une façon qui était toute nouvelle pour lui. En effet, comme la production est signée Théâtre le Clou, compagnie qui privilégie les échanges et la «contamination positive», il a collaboré de très près avec le metteur en scène, Benoît Vermeulen. L’écriture et les répétitions se sont déroulées en parallèle. «C’est comme si on avait fait un Tetris, lance l’auteur dans son langage si joliment imagé. Je donnais mes blocs à Benoît, et lui, il décidait dans quel ordre ils allaient être placés et où ils allaient tomber!»

La pièce qui est née de cette joute de Tetris offre un questionnement sur «la façon dont on peut se protéger du monde sans pour autant se couper de lui». Une question à laquelle le dramaturge se trouve lui-même fréquemment confronté. «Je suis sensible, très sensible, peut-être même trop, confie-t-il. Je ne suis pas le seul, je sais, mais je me demande toujours comment on fait pour gérer nos émotions dans ce monde qui nous bombarde quand on est aussi sensible que moi et qu’on refuse de s’isoler.»

En confiant ces interrogations à ses personnages, il avoue ne pas forcément trouver de réponses, mais se sentir «moins seul». D’ailleurs, s’il y a une chose qu’il aimerait que les spectateurs se disent en allant voir Appels entrants illimités, c’est : «Moi aussi!» «Peter Brooke disait : le diable, c’est l’ennui. Si des gens viennent voir ma pièce et qu’ils ne s’ennuient pas, je trouve qu’on aura déjà réussi quelque chose de grand! remarque-t-il. Mais, si en plus d’être divertis, il y a des moments où ils regardent une scène, entendent une réplique et se disent : ‘‘Moi aussi! Je me reconnais là-dedans!’’, ce sera extraordinaire. Parce que ‘‘moi aussi’’, ce sont deux des plus beaux mots qu’on puisse dire et entendre. Parce que ‘‘moi aussi’’, ça brise l’isolement.»

Appels entrants illimités
À La Licorne
De lundi à samedi

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