Deux décennies de métissages indie folk incandescents
Les vétérans rockeurs arizoniens de Calexico s’abreuvent au mariachi, à l’Americana et, sur leur dernier disque, à l’héritage musical non négligeable de La Nouvelle-Orléans.
Des déserts de sable filmés au ralenti, des westerns spaghetti doucement mélancoliques, des appels à l’évasion en terre latine, des étrangers en quête de liberté. Rares sont les musiciens dont l’œuvre évoque autant d’images fortes et dont le catalogue au grand complet est instantanément reconnaissable, surtout dans le cas d’un groupe aux influences aussi bigarrées que Calexico. Pourtant, ces musiciens très ouverts sur le monde (le chanteur et guitariste Joey Burns et le batteur John Convertino) nous livrent depuis plus de 20 ans leur mosaïque d’ambiances planantes aux accents Tex-Mex, de musique world atmosphérique (pensez à Beirut mais en moins tape-à-l’œil) et de paroles empreintes de chaleur et de solitude.
Paru l’automne dernier, leur septième disque a confirmé que l’aventure musicale se poursuit de plus belle pour cette formation, toujours aussi emballée à l’idée de défricher de nouvelles contrées sonores. Quatre ans s’étaient écoulés depuis la parution de Carried To Dust, leur précédent opus – quatre années marquées par la faillite de leur maison de disques, la fusillade de Tucson, où ils habitent, ainsi que la mort et la maladie ayant frappé quelques proches. Leur ingénieur du son Craig Schumacher les encourageait depuis belle lurette à enregistrer à La Nouvelle-Orléans, avec son riche métissage de musiques africaines, françaises, espagnoles et indigènes.
«Ça faisait longtemps qu’on entretenait des affinités avec La Nouvelle-Orléans, du simple fait que la ville a en quelque sorte été le berceau du jazz», commente Convertino lorsqu’on le joint chez lui, à Tucson, avant d’entamer sa tournée nord-américaine. «Nous avions besoin de nous éloigner de notre quotidien afin de plonger pleinement dans la création.» L’album, intitulé Algiers en l’honneur du quartier éponyme de La Nouvelle-Orléans où les comparses se sont installés, a été enregistré sur bandes analogiques au Living Room, une église baptiste reconvertie en studio, à proximité du Mississippi. L’architecture unique de cet espace fait de bois imprègne d’ailleurs les compositions, au même titre que les guitares aériennes, les cuivres ou encore le piano évoquant une certaine nostalgie.
Mais bien au-delà du studio-église inusité, c’est l’esprit même du quartier d’Algiers, «un secret bien à l’abri des touristes, mais pourtant avec un héritage français aussi riche que le très prisé et beaucoup plus commercial Vieux Carré», qui a nourri cet opus onirique fort surprenant. «Certaines des maisons du quartier affichent de petites plaques commémoratives de musiciens ayant déjà vécu dans les environs, et dont je ne connaissais même pas le nom, décrit-il. Parce qu’au-delà des Sidney Bechet, Louis Armstrong et autres noms qui reviennent toujours lorsqu’il est question de jazz de La Nouvelle-Orléans, un tas de musiciens de haut calibre sont passés par ici. La musique a longtemps été reconnue comme métier légitime dans cette ville, et ça me fascine éperdument de découvrir les traces de mes prédécesseurs.»
Calexico
Au Théâtre Corona
Mardi à 20 h