Un doublé signé Eiffel et Hôtel Morphée
C’était non pas un, mais deux spectacles complets qui nous attendaient à L’Astral mercredi soir. Deux formations qui jusqu’à récemment étaient peu connues du public québécois, mais dont on risque d’entendre parler de plus en plus.
Les rockeurs du groupe français Eiffel, révélé aux Québécois lors de son premier passage à Montréal aux FrancoFolies l’an dernier, ont ouvert le bal; la formation pop-rock québécois Hôtel Morphée, qui lançait récemment son premier «vrai» album Des histoires de fantômes, a offert la deuxième partie du programme double.
Une chose est claire : Romain Humeau et sa bande d’Eiffel ont adoré leur expérience en plein air aux FrancoFolies l’an dernier. Si bien qu’ils ont fait «des pieds et des mains pour revenir cette année», a lancé le chanteur d’entrée de jeu, après avoir ouvert la soirée avec Place de mon cœur, et étaient ravis de se retrouver de nouveau devant le public d’ici. «On sait qu’on n’est pas encore connus ici, mais il y a un début à tout!», a-t-il ajouté.
Et le groupe l’aura bien gâté, ce public, avec une heure et demie de chansons principalement tirées de son savoureux dernier album, Foule monstre, sorti ici il y a quelques semaines et en France depuis près d’un an : «Que voulez-vous, les Français sont des éjaculateurs précoces», a lancé un Romain Humeau espiègle aux spectateurs hier.
«Énergique» serait un mot presque faible pour décrire la performance du charismatique Humeau : dégaine de rockstar, pas de danse et sautillements sur la scène, interaction avec le public, tous les ingrédients étaient présents pour une vraie bonne soirée qui réveille. Quelques problèmes de sonorisation n’ont pas nui à la bonne humeur du chanteur, qui a expliqué que le groupe avait dû traverser l’Atlantique avec une fraction de son équipement seulement… Du reste, si l’acoustique de la salle n’était pas toujours à point – les textes des chansons d’Eiffel sont si bien tournés qu’on aurait aimé les entendre davantage – la proximité avec le groupe sur scène rachetait largement cet écueil.
Fidèle à son petit côté engagé, le leader du groupe a fait remarquer qu’Eiffel était débarqué à Montréal dimanche, «et lundi, qu’est-ce qui se passe? Le maire de Montréal se fait arrêter. On est professionnel ou on ne l’est pas», a-t-il lancé, large sourire aux lèvres, avant d’entonner un fort à propos Lust for Power.
Et bien que, contrairement à l’an dernier à pareille date, les casseroles soient désormais sagement rangées dans les armoires, la soirée a atteint son apogée avec l’hymne À tout moment la rue («À tout moment la rue peut aussi dire…» «NON!» scandait le public). Bref, l’énergie était déjà à son comble et les musiciens d’Eiffel l’ont maintenue ainsi jusqu’au rappel, une très belle interprétation du Je voudrais pas crever de Boris Vian. Chose certaine : quand Eiffel reviendra à Montréal, on y sera!
Après une (un peu trop longue) interlude, le quatuor formé de Laurence Nerbonne (voix, violon), Blaise Borboën-Léonard (violon), André Pelletier (guitare) et Stéphane Lemieux (batterie) a finalement investi la scène en proposant un changement d’ambiance pour nous emmener dans ses Histoires de fantômes, un titre qui nous a semblé fort à propos vu l’atmosphère éthérée dans laquelle la voix (justement) quasi-fantomatique de Laurence Nerbonne nous a plongés. Au moment où nous avons dû quitter la salle pour cause d’heure de tombée, la bande de musiciens classiques de formation avait offert plusieurs des chansons de son album, des pièces d’un style sans compromis et fort intéressant. À découvrir.