Frances Ha: Jeunesse en quête de repères
Dans Frances Ha, Noah Baumbach et Greta Gerwig déboulonnent le mythe de New York comme éternelle terre d’accueil des artistes.
Un réalisateur indépendant ayant fait ses preuves (Noah Baumbach de The Squid and the Whale) et une actrice phare du mouvement «mumblecore» (Greta Gerwig de Damsels in Distress) se lient d’amitié à la suite d’une première collaboration au grand écran (le très sous-estimé Greenberg). Ils décident alors de coscénariser un film plus dépouillé, une tranche de vie new-yorkaise à propos d’une apprentie danseuse maladroite et romantique – projet pour lequel ils vont chacun puiser dans leurs expériences passées.
Dans la vraie vie, le réalisateur et l’actrice tombent amoureux l’un de l’autre, tant leurs idées se complètent et leurs points de vue s’accordent. Toute cette belle chimie nourrit l’excellent Frances Ha, un regard monochromatique sur cette période d’errance qui suit l’université, avec ses petits clins d’œil à la Nouvelle Vague et son héroïne paumée et brouillonne, mais ô combien attachante. Entretien avec Baumbach et Gerwig, de passage au Canada après l’accueil très chaleureux de Frances Ha au Festival international du film de Toronto l’an dernier.
Le film s’attaque à la vision romancée qu’entretiennent plusieurs personnes à l’égard de la vie d’artiste à New York en 2013. Votre héroïne peine constamment à joindre les deux bouts. C’était important pour vous de déboulonner ce mythe?
Gerwig : Absolument. Ayant vécu à New York, je connais beaucoup d’artistes et de danseurs. J’ai énormément de sympathie pour leur cheminement, qui est loin d’être évident. New York est devenue une ville extrêmement chère, et le parcours d’un artiste souhaitant lancer sa carrière dans la «Grosse Pomme» est parsemé d’embûches, surtout lorsqu’on n’a pas accès à du financement.
Baumbach : Pour ma part, j’ai grandi à Brooklyn et j’ai pu constater l’embourgeoisement de Manhattan au fil du temps. Même que tout le monde déménage maintenant à Brooklyn! Il devient donc de plus en plus difficile d’être un artiste sans le sou dans ce quartier. Mes sentiments à l’égard de New York font partie intégrante de Frances Ha : comment nous l’avons tourné, en noir et blanc, la musique… c’est un portrait romantique et plein d’affection de la ville, quoique nous reconnaissions que nous ne sommes plus dans le New York de Patti Smith!
Vous faites des clins d’œil au New York de Woody Allen, à l’héritage artistique de la ville, mais aussi à l’esprit de la Nouvelle Vague. Ces références vous ont-elles porté à choisir le format noir et blanc?
Baumbach : Lorsque nous tournions Greenberg à Los Angeles, la lumière et les couleurs s’arrimaient à merveille à l’expérience de la ville. Vous ne pouvez tourner le dos à ces rayons de soleil lumineux tant leur effet sur votre corps est frappant, et ils donnent le ton à votre impression de la ville. À New York, il existe une tradition beaucoup plus ancrée de noir et blanc, et les textures de la ville se prêtent bien à ce choix esthétique. Je n’arrive pas vraiment à traduire le fond de ma pensée, mais ça me donnait l’occasion de voir ma ville d’un œil nouveau.
Greta, vous dites vous être préoccupée de Frances tout au long du tournage, comme s’il s’agissait d’une vraie personne. Prônez-vous toujours cette approche en cours de tournage, ou le fait que vous avez bâti ce personnage de toutes pièces a-t-il changé la donne?
Gerwig : Il y a quelques personnages dans lesquels je me suis investie de la sorte; tout dépend du point auquel le personnage est abouti à l’étape du scénario. Plus je me reconnais dans un personnage, plus je me sens responsable d’en prendre soin. Je crois sincèrement que nous avons signé un bon scénario avec Frances Ha! (Rires) Lorsque je me sens vraiment interpellée par quelque chose, que cela requiert beaucoup de mon énergie, je commence à rêver comme si j’étais le personnage en question, à réagir sur le plan émotif comme il le ferait. C’est difficile à expliquer, mais c’est quelque chose qui sommeille en moi.
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Frances Ha
En salle dès vendredi