Festival de jazz: Wax Tailor, superhéros
Grand timide autoproclamé, Jean-Christophe Le Saoût se transforme lorsqu’il revêt son costume de Wax Tailor. «C’est comme si j’enfilais une cape de Zorro!» remarque le «metteur en son» français qui signe ce soir un GRAND – majuscules – événement au Jazz.
Certains artistes préfèrent rester dans le niché, dans l’indie, dans le peu connu. Ce n’est pas le cas de Wax Tailor, né Jean-Christophe Le Saoût, qui n’a pas peur des mots «pop» et «grand public». «C’est une vraie satisfaction de pouvoir s’adresser au plus grand nombre de gens possible. C’est une chance de trouver de l’écho!»
L’artiste français, qui propose un univers cinématographique, atmosphérique, plein d’échantillonnages vintage, entre trip-hop, hip-hop et électro, présentera ce mardi soir un show d’envergure inspiré par son quatrième album, Dusty Rainbow from the Dark, paru l’an dernier. «De pouvoir faire un concert plus familial, plus étendu, c’est une vraie satisfaction, dit-il avec un enthousiasme contagieux. Participer au Jazz, c’est la reconnaissance d’une chose pour laquelle je me bats depuis longtemps, à savoir que je fais de la musique populaire. Exigeante, certes, mais populaire.» Discussion.
Vous aviez présenté le spectacle de Dusty Rainbow à L’Astral l’an dernier. [Ce mardi soir], vous allez nous offrir une prestation, disons, de plus grande stature?
J’allais vous dire : on sera peut-être dans un cadre un peu moins intime! (Rires)
On sait que vous êtes un grand timide. Vous dites parfois que vous êtes «sociopathe sur les bords». Sur scène, sentez-vous que tout est possible?
C’est vrai, je suis très introverti! En France, quand ma carrière s’est mise à décoller et que j’ai commencé à recevoir des invitations pour des soirées people et des événements VIP, j’étais déstabilisé. Je me disais, mais ce n’est pas moi, ça! Ce n’est pas mon univers! Je vis dans l’ombre de tout ça, assez loin, à l’extérieur de Paris… Ce sont des choix délibérés. Je n’ai rien à dire en dehors de ma musique. Par contre, la scène, c’est un moment de lumière. C’est un cérémonial. Comme si je mettais la cape de Zorro. Après le spectacle, je m’en défais, je redeviens monsieur Tout-le-Monde, et ça me va très bien.
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Par le passé, vous vous êtes souvent décrit comme un «metteur en son». Est-ce un titre qui vous convient encore?
Plus que jamais! Je le revendique beaucoup. Je trouve que c’est ce qui résume le mieux ma démarche. Je suis musicien, oui, arrangeur, oui, DJ, sûrement, mais aucun de ces termes ne me décrit pleinement. Aujourd’hui, ce qui est le plus important pour moi, c’est vraiment de réaliser un disque. J’aime bien ce terme, «réaliser un disque»! C’est très différent de dire : je suis entré dans un studio, j’ai fait plein de titres, on en a pris quelques-uns et bam, on a un album. Pour moi, c’est tout sauf un album, ça. C’est une compilation.
Vos disques s’écoutent d’ailleurs de la première plage à la dernière. On saute difficilement des chansons dans un album de Wax Tailor! Vous travaillez dans une optique d’«album concept» plutôt que de «hits»?
C’est marrant, parce que j’ai un vieux souvenir à ce sujet. Avant même que mon premier disque ne sorte, je me disais que, s’il y avait un truc que j’avais envie de faire en musique, ce n’était pas forcément l’album de l’année, le machin, le tube, ou je ne sais quoi. Ce qui me plaisait, c’était d’imaginer quelqu’un qui aurait écouté un de mes disques, qui l’aurait bien aimé et qui, un jour, 10 ans plus tard, tomberait dessus par hasard et se dirait : «Ah! Cool! J’ai envie de l’écouter en entier! Et pas seulement [les chansons] 3, 6 et 19.»
Sur Dusty Rainbow from the Dark, on retrouve un narrateur [Don McCorkindale], qui nous fait voyager à travers un conte. Apparemment, le fait d’avoir un narrateur, c’est une idée que vous gardiez dans votre poche arrière depuis une dizaine d’années. Avez-vous senti que les gens connaissaient assez votre univers pour dire : allez, maintenant, c’est le bon moment de l’incorporer?
Non, c’est parce que je suis quelqu’un de lent! (Rires) Plus sérieusement, c’était un désir qui trainait dans mon cerveau depuis très longtemps. Je voulais avoir un fantôme flottant. Un filconducteur. Un disque avec un narrateur! Mais ça ne voulait rien dire de plus! Quand on me demandait : «Mais qu’est-ce que tu veux faire exactement?» Je bredouillais : « Ben, je ne sais pas, une voix, un truc…» À la fin de ma tournée précédente, c’est revenu comme un boomerang. Je me suis dit ça y est, j’y vais!
Vous soignez énormément les textures sonores. Est-ce que les prestations scéniques vous permettent de les mettre encore plus de l’avant?
Il y a des choses que je fais live que je ne fais pas sur disque, et vice-versa. Le disque, c’est la quête de la perfection dans un moment arrêté… même si on sait qu’elle n’existe pas, cette perfection! Et la scène, c’est une façon de réinventer les morceaux, de manière plus humanisée. Même si ma musique n’est pas très libre et que ce n’est pas une session de freejazz où ça part en folie avec trois notes, étonnamment, je me surprends à voir une certaine liberté s’instaurer soir après soir!
Wax Tailor au FIJM
Scène TD de la place des Festivals
Ce Mardi à 21 h 30