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Wadjda, sur la route du changement

Photo: Tobias Kownatzki/Razor Film/Sony Pictures

Le premier film entièrement tourné en Arabie saoudite, Wadjda, prend l’affiche au Québec vendredi. Discussion avec la première réalisatrice saoudienne, Haifaa Al Mansour.

Il fallait qu’elle soit passionnée, Haifaa Al Mansour, pour choisir de faire carrière en cinéma. Wadjda n’est pas seulement le premier long métrage de fiction de celle qui fera partie du jury de la prochaine Mostra de Venise, c’est aussi le premier film entièrement tourné en Arabie saoudite, et elle, la première femme saoudienne réalisatrice. Mais toutes ces barrières à franchir n’ont pas fait reculer la cinéaste, bien au contraire. «Mais je l’ai fait parce que je voulais trouver un espace où pouvoir m’exprimer, où je pourrais être entendue, précise-t-elle d’une voix enjouée. Ça n’était pas dans le but d’être politique ou de devenir la première cinéaste saoudienne.»

Wadjda, c’est le nom de la protagoniste du film d’Haifaa Al Mansour, une petite fille dégourdie et frondeuse, élevée pourtant dans un village très conservateur et patriarcal, et qui ne rêve que d’une chose : avoir une bicyclette, même si les filles n’ont pas le droit d’en faire. Mais elle a plus d’un tour dans son sac pour parvenir à ses fins…

Après avoir tourné le documentaire Women Without Shadows en 2006, Haifaa Al Mansour s’est attelée à l’écriture de son long métrage de fiction, ce qui n’a pas été une mince affaire. «Au départ, j’avais en tête la bicyclette et la petite fille; cette dernière représentant là d’où je viens, et le vélo, l’accélération, l’accomplissement du destin, décrit-elle. Mais dans la première version, Wadjda était mignonne, passive – une victime d’un monde oppressant. J’ai fini par me rendre compte que c’était terriblement ennuyant! J’ai décidé d’injecter de la vie, du mordant aux personnages.»

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Tourner dans un pays aussi conservateur que l’Arabie saoudite n’a pas non plus été facile. «On se faisait souvent refuser l’accès à certaines locations, et on devait alors en trouver une nouvelle très rapidement, raconte-t-elle. Et comme la ségrégation hommes-femmes est très forte, je devais diriger les acteurs à partir du camion de tournage, par le biais de talkies-walkies et d’écrans. Donc, ça n’a pas été facile, mais au final, je trouve ça très gratifiant d’avoir été capable de le faire, de filmer à l’intérieur de ma culture. Je crois que l’Arabie saoudite devient progressivement plus ouverte, plus tolérante, et c’est très important de faire partie de ce changement. Il se produit lentement, mais il se produit.»

À l’origine d’un film
Le village dans lequel se déroule Wadjda, c’est celui dans lequel a grandi Haifaa Al Mansour, qu’elle a voulu montrer au reste du monde tel qu’il est, bien que pour sa part, elle ait eu la chance d’être élevée au sein d’une famille très libérale.

«Quand j’ai fini mes études [en Égypte et en Australie] et que je suis rentrée en Arabie saoudite, j’ai soudainement senti à quel point la culture était dominée par les hommes, se souvient-elle. Pour moi, en tant que jeune femme, c’était extrêmement difficile de trouver un emploi ou d’avoir une promotion. Ce n’était rien de personnel; c’est simplement comme ça qu’est la culture. Et j’ai eu besoin de m’échapper de tout ça, et c’est là que j’ai commencé à tourner des courts métrages, comme un passe-temps. Ce n’était rien de professionnel, mais j’en ai soumis un à un petit festival d’Abou Dabi et il a été sélectionné. Je ne pouvais pas le croire, j’étais si fière!»

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=neU-ycIOCWY&w=640&h=360]
Wadjda
En salle dès vendredi

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