Culture

Festival de Locarno: «Gabrielle» séduit le public

MONTRÉAL – L’idylle qui dure entre le cinéma québécois et le Festival international du film de Locarno, en Suisse, ne s’est pas rompue, loin s’en faut, lors de la présentation lundi soir du dernier né de la réalisatrice Louise Archambault, «Gabrielle».

Un parterre de milliers de cinéphiles, conquis par l’histoire de cette Gabrielle atteinte du syndrome de Williams qui tente de vivre malgré tout sa vie de jeune femme de 22 ans, a ovationné pendant de longues minutes les membres de l’équipe du film après la projection, en extérieur, sur la Piazza Grande à Locarno.

Le même genre d’enthousiasme avait été remarqué lors de la présentation il y a deux ans de «Monsieur Lazhar», de Philippe Falardeau, tandis que le cinéaste québécois Denis Côté y a été primé à plusieurs reprises.

«Il semble y avoir une relation très chouette entre le cinéma québécois et Locarno. Cela pourrait s’expliquer parce qu’ici, les gens parlent allemand, italien et français. On est dans une région qui est au centre de tous ces pays et il y a quelque chose d’hybride qui convient peut-être bien au cinéma québécois», a suggéré le producteur de micro_scope Luc Déry en conférence téléphonique, mardi.

Pour lui et sa collègue Kim McCraw, Locarno était le festival rêvé pour présenter en première mondiale un film aussi intimiste que «Gabrielle», et le public semble avoir apprécié l’expérience. Une fois la projection terminée, des caméras se sont tournées vers les producteurs, la réalisatrice et l’interprète du rôle principal, Gabrielle Marion-Rivard — elle-même atteinte du syndrome de Williams —, pour croquer sur le vif leurs émotions.

«Les gens sont restés à l’applaudir pour une ovation qui a duré assez longuement. Ils étaient hyper touchés et émus de la voir réagir au fait qu’elle venait de voir le film. C’était très très fort, et c’est peut-être la différence avec (la projection de) ‘Monsieur Lazhar’, où nous n’avions pas eu de comédiens sur place», a raconté Mme McCraw.

Et si le résultat s’est avéré probant, il n’était pas clair au départ que le personnage principal serait interprété par Gabrielle Marion-Rivard. C’est à force de répétitions, qui se sont échelonnées sur un an, que la réalisatrice a réussi son pari de diriger des jeunes avec un handicap intellectuel.

«J’y allais vraiment avec un lâcher-prise et une naïveté, mais j’avais un réel plaisir à aller vers ce défi. Je ne pouvais pas tout contrôler et j’ai dû développer des outils pour travailler de façon efficace en 28 jours de tournage seulement. J’ai fait beaucoup de répétitions (…) et j’ai laissé tomber la perfection pour choisir une spontanéité et une vérité», a expliqué Louise Archambault.

Quant à savoir si Gabrielle Marion-Rivard plongera dans une carrière d’actrice, la réalisatrice affirme ne pas pouvoir prédire l’avenir mais souligne que la jeune femme est également douée pour le chant et la danse.

«Elle avait une luminosité naturelle et c’est ce que je suis allée chercher en l’auditionnant. Est-ce que ce sera dans le jeu, je ne le sais pas, mais c’est sûr qu’elle a une très grande force créatrice», a affirmé Louise Archambault.

Après «Familia», en 2005, «Gabrielle» est le deuxième long métrage de la réalisatrice. Il a par ailleurs déjà été vendu à l’étranger et sera présenté au TIFF de Toronto dans le volet «Présentation spéciale».

Sa sortie au Québec est prévue pour le 20 septembre et il devrait être projeté dans une vingtaine de salles.

«Ce sera similaire à ce que nous avons fait avec ‘Monsieur Lazhar’ et ‘Incendies’. L’idée est de laisser le bouche à oreille créer une demande et éventuellement augmenter le nombre de copies dans les semaines suivant la sortie», a indiqué M. Déry.

Outre le long métrage de la réalisatrice Louise Archambault, le 66e Festival de Locarno compte également dans sa programmation cinq autres productions canadiennes ou coproductions, dont «Gare du Nord», de Claire Simon, «The Dirties», de Matthew Johnson et les courts métrages «Acrobat» d’Eduardo Menz, «Quelqu’un d’extraordinaire», de Monia Chokri et «L’Ours», de Dan Karo.