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Herbert Grönemeyer: incursion pop-rock en terre anglo-saxonne

Photo: Ali Kepenek
Michael-Oliver Harding - Métro

Herbert Grönemeyer, une des figures de proue de la scène musicale allemande des 30 dernières années, emprunte une nouvelle voie avec son album I Walk.

Dresser une liste de producteurs de musique électronique natifs d’Allemagne? Un vrai jeu d’enfant, tant le pays excelle au rayon de la techno minimale et de ses dérivés instrumentaux tout aussi austères. Par contre, élaborer cette même liste avec des musiciens qui chantent dans la langue de Rammstein? Le défi s’annonce de taille, puisque très peu d’auteurs-compositeurs traversent la frontière à la conquête d’autres marchés. Pour le vétéran rockeur Herbert Grönemeyer, l’artiste ayant vendu le plus de disques (18 millions!) en Allemagne, avec 14 albums studio à son actif, ce phénomène s’explique surtout par l’énorme importance accordée aux paroles dans son pays natal, chose qui rend l’exportation culturelle résolument plus difficile.

«Lorsque les Allemands écoutent de la musique, ils portent d’abord attention aux paroles, c’est ce qui leur importe le plus, nous dit Grönemeyer lorsqu’on le joint à Berlin, alors qu’il s’apprête à entamer une tournée promotionnelle pour son nouvel album en anglais, I Walk. C’est une séquelle des Nazis, qui ont massacré plusieurs chansons folk populaires à des fins de propagande. Depuis la guerre, nous sommes très nerveux par rapport aux paroles. D’un côté, il y a eu le mouvement électronique et krautrock des années 1970, aucunement ancré dans les paroles, et de l’autre, les auteurs-compositeurs-interprètes qui grattent leur guitare avec des motifs explicitement politiques, afin de nous prouver qu’il s’agit là de chansons sérieuses, et non de manœuvres camouflées de l’extrême-droite.»

Selon Grönemeyer, longtemps considéré par ses fans germanophiles comme le «Bruce Springsteen de l’Allemagne», la force d’une chanson réside plutôt dans un ensemble de facteurs : «Les paroles, les mélodies, les arrangements – soit ça vient te chercher ou ça ne t’émeut tout simplement pas.» Fort d’une illustre carrière couronnée de grands moments, cette star du monde germanique et anglophile invétéré s’est pourtant uniquement produit à Montréal en 1989, en première partie de Tom Cochrane. Après s’être exilé à Londres pendant plus d’une décennie à la suite des décès soudains de sa femme et de son frère, ayant tous deux succombé au cancer en 1998, Grönemeyer s’est retroussé les manches, emballé à l’idée de relever un nouveau défi. «En anglais, tu n’as pas besoin d’être aussi précis et rigide, souligne-t-il. La langue accorde une belle place aux émotions et aux non-dits. Je me suis toujours considéré meilleur chanteur que parolier, donc l’idée d’un album en anglais s’imposait d’elle-même.»

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I Walk comporte des versions anglaises de plusieurs pièces de son impressionnant répertoire, choisies en fonction de leur potentiel d’adaptation dans la langue originelle du rock’n’roll. Grönemeyer y fait entre autres appel à son grand pote Bono, musicien engagé et philanthrope à ses heures, qui prête sa voix à l’adaptation de Mensch, chanson empreinte de tristesse mais aussi d’espoir qu’il a composée après la terrible tragédie personnelle qui l’a secoué en 1998.

Mais au-delà des collaborations avec le guitariste James Bradfield des Manic Street Preachers et le chanteur Antony Hegarty (et sa sublime voix mélancolique), Grönemeyer propose ici plus que de bêtes traductions de ses plus gros hits. «Il y a même trois compositions originales, nuance-t-il. J’ai voulu préserver l’esprit de mes chansons, en les adaptant à une autre approche musicale. Ultimement, on a choisi celles qui se prêtaient le mieux aux structures anglaises.»

Herbert Grönemeyer
Au National jeudi à 20 h
I Walk, présentement en magasin

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