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The Ghosts in Our Machine: croire aux fantômes

Photo: gracieuseté The ghosts in our machine

The Ghosts in Our Machine, c’est d’abord un film sur les fantômes. Les fantômes? Oui, tous ces animaux qui travaillent dans l’ombre et dans des conditions atroces pour faire rouler la machine. Et la machine en question, c’est quoi? C’est la nôtre.

«Avec The Ghosts in Our Machine, je voulais offrir une réflexion sur le monde modernisé et mondialisé dans lequel nous vivons», souligne Liz Marshall au bout du fil. Pour l’occasion, la documentariste a suivi la photographe et militante Jo-Anne McArthur qui, depuis plus d’une décennie, s’emploie à capter des images de bêtes maltraitées. Dans les labos, les fermes, les parcs aquatiques… Et ce sont ces images et son parcours que Marshall présente dans son nouveau film. Un film aussi fort que l’est son titre.

Jo-Anne semble être parfaite pour cette histoire. Son parcours ajoute encore plus de puissance et de profondeur à un sujet qui est déjà très fort. Était-ce une chose que vous cherchiez? Avoir une protagoniste à laquelle même ceux qui ne sont pas intéressés par les droits des animaux pourraient s’identifier? Car Jo-Anne brise tous les clichés liés aux activistes fâchés et agressifs…
C’est vrai, elle est tellement radieuse, chaleureuse, empathique… Je voulais dire : voici à quoi ressemble une activiste qui se bat pour la cause des animaux. Parce que, ultimement, le film parle d’eux. Et Jo-Anne est le lien qui nous aide à les voir différemment, à travers sa lentille de photographe, oui, mais aussi à travers sa vision du monde.

À un certain moment, Jo-Anne remarque que prendre une bonne photo sur le plan artistique est important pour elle, mais pas autant que d’en prendre une dans laquelle elle arrive à capter un lien entre l’animal et l’humain. Avez-vous adopté la même approche en tournant? D’abord le lien, ensuite le côté artistique?
Absolument. Je voulais créer un film qui permettrait aux animaux de prendre beaucoup d’espace à l’écran et d’avoir beaucoup de présence, afin que le public puisse les voir comme des individus et des créatures fascinantes et pas seulement comme des numéros ou des choses.

Jo-Anne dit aussi que le plus dur, dans son travail, c’est toujours de partir et de laisser derrière elle, dans les cages et dans les fermes, toutes ces bêtes qu’elle photographie. C’est la première fois que vous faites un film sur les animaux, mais en êtes-vous venue à vous sentir de la même façon?
C’était très difficile, oui. J’ai pris ce projet réellement à cœur. Je vois le monde différemment maintenant. Je ne vois plus seulement la souffrance humaine, mais aussi animale. Ça ne veut pas dire que l’une est plus importante que l’autre, mais je sais maintenant que ce sont deux causes importantes.

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Le film s’ouvre sur des images très dures de ce monde où les animaux sont maltraités à des fins de recherche, pour leur fourrure ou pour l’industrie alimentaire. Au fur et à mesure que l’histoire progresse, il y a plus de lumière, d’espoir. À la fin, on arrive à croire qu’on peut changer les choses. Le croyez-vous aussi?
Oui. Je sens qu’en tant que consommateurs, on peut réellement faire la différence tous les jours. Avec ce projet, je voulais faire tomber les œillères et montrer que des milliards d’animaux ont été réduits à être des outils de production. Beaucoup de gens ont peur de regarder la vérité en face et beaucoup ne veulent tout simplement pas le faire.

Ce désir de faire tomber les œillères, est-ce une des raisons pour lesquelles vous faites beaucoup de gros plans sur les yeux des bêtes?
Oui. Et aussi parce qu’il s’agit d’une des caractéristiques des photos de Jo-Anne. Elles sont très intimistes et tout se passe dans les yeux de ceux qu’elle photographie. Avec les directeurs photo qui ont travaillé sur le film, nous avons d’ailleurs fait très attention pour respecter cette sensibilité et donner au documentaire un aspect visuel similaire à celui du travail de notre protagoniste.

Le son est également d’une importance capitale. On imagine que vous avez porté une grande attention à la création de votre univers sonore…
Le son était incroyablement important, oui, puisque les animaux ne parlent pas notre langage. C’était donc très important pour moi qu’on les entende respirer, marcher, bouger… J’ai eu la chance de collaborer avec des gens qui font de la magie dans ce département!

Dans un passage où Jo-Anne sillonne les rues de New York, vous montrez des pancartes et des graffitis où on peut lire : «Mangez de la viande» ou «Le bacon rend la vie meilleure. À moins que vous soyez un porc.» Souhaitiez-vous montrer ainsi que la cruauté envers les animaux, sans être forcément physique, est parfois inconsciente et que la société véhicule une forme de dureté banalisée à leur égard?
Je crois que c’est une cruauté aussi inconsciente que répandue. Je trouve qu’en général, nous sommes complètement insensibles. À beaucoup de choses, et pas seulement à ce problème.

Jo-Anne souligne que, pour elle, la photographie est devenue, au fil du temps, un moyen de militer en faveur de la cause qu’elle défend. Dans vos documentaires précédents, Liz, vous avez exploré les problématiques sociales, environnementales et désormais, animales. Est-ce que le cinéma est également devenu pour vous une façon de défendre ces causes? Vous voyez-vous comme une réalisatrice militante?
Je tente de ne pas utiliser le titre de «réalisatrice militante» en raison des clichés que ce terme fait souvent naître dans l’esprit des gens. Je me vois davantage comme une exploratrice. J’aime explorer les questions morales et les sujets significatifs qui, selon moi, devraient être examinés de plus près. Reste que, comme je suis intéressée par la justice sociale, l’égalité et les thèmes qui éveillent les consciences, si quelqu’un veut dire que je suis une activiste, c’est cool! J’adore les activistes!

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The Ghosts in Our Machine
Au cinéma du Parc dès dimanche

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