Trio Fibonacci: La chambre des rebelles
Pour célébrer ses 15 ans de rayonnement, le Trio Fibonacci, spécialisé en musique de chambre, entreprend une série de concerts consacrés à des compositeurs qui ont tous pour point commun d’avoir affiché une certaine rébellion face à leurs milieux respectifs. Précisions.
Que ce soit Saint-Saëns, un virtuose qui s’opposait à la «Wagnermania» parisienne de la fin du 19e, ou Fauré, l’ancien élève du premier, qui, à cause de son caractère subversif, est resté en marge de l’establishment, ou Lalo, un républicain antimonarchiste, ou encore Lili Boulanger, qui avait la drôle d’idée d’être une femme, tous les compositeurs qui seront au programme du Trio Fibonacci sont des rebelles à leur façon. À l’image de la violoniste Julie-Anne Derome, qui a cofondé ce trio en 1998.
Comment est né le Trio Fibonnaci ?
Du désir de faire revivre le type de formation trio avec piano. Une chose qui est très associée au répertoire romantique. À l’époque, nous voulions créer un catalogue composé essentiellement de nouvelles œuvres de compositeurs d’ici.
La période romantique, de quoi s’agit-il ?
Brahms, Mendelssohn, Tchaïkovski… On pense surtout à des formations avec piano. C’était très en vogue au 19e siècle, alors qu’ensuite, au 20e, il y a eu beaucoup de quatuors à cordes, au détriment des trios avec piano. Nous avons vu qu’il y avait une place, un désir de faire revivre ce courant-là, et c’est ainsi que nous nous sommes formés. Au fil des ans, notre pianiste d’origine nous a quittés. Nous avons saisi cette occasion pour changer de mandat et nous remettre à jour en travaillant à établir des programmes mixtes : musique contemporaine et classique traditionnel (Mozart, Beethoven, Haydn…)
Comment vous êtes-vous rencontrés ?
J’ai rencontré le violoncelliste Gabriel Prynn en Angleterre. Puis, nous avons rencontré le pianiste Wonny Song et ça a cliqué. Nous avons travaillé très fort pour afin de monter un répertoire solide. Rapidement, le succès s’est manifesté et cela tant ici qu’à l’étranger notamment parce qu’il n’y avait personne d’autre qui effectuait ce genre de travail. C’est à dire une formule trio avec piano consacrée à la création d’œuvre virtuoses en musique contemporaine. Un genre qui était très souterrain à l’époque.
Est-ce encore le cas ?
Non, ce qui est fantastique à Montréal ce qu’il y a plusieurs nouveaux groupes qui apportent une réelle vitalité à la musique contemporaine. Nous avons la chance, ici au Québec et aussi à l’étranger, de bénéficier des talents de compositeurs qui nous écrivent des œuvres que nous créons ensuite.
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Qu’est-ce qui a permis au trio de perdurer aussi longtemps dans ce milieu hyper compétitif ?
Nous avons su nous créer une niche assez rapidement. Nous avons tous les trois un certain souci de la perfection. Cela fait en sorte que nous apportons une touche perfectionniste à nos interprétations. Ce qui est apprécié des compositeurs et aussi du public. Il y a aussi une expérience visuelle en plus du fait que nous expliquons les morceaux au public.
Une expérience visuelle ?
Contrairement aux quatuors à cordes, c’est comme s’il y avait trois solistes. Donc nos trois personnalités ressortent beaucoup. Ce n’est pas comme s’il s’agissait d’un cd que l’on écouterait sans sentir la présence des interprètes. Par exemple, on a joué en Inde et, contrairement à ce qu’on peut imaginer, les gens ont beaucoup apprécié. Pareil en Afrique du Sud ou au Brésil où des publics qui ne sont pas nécessairement mélomanes tombent sous le charme.
Vos plus beaux souvenirs ?
L’Inde, il y a deux ans. J’aimerais vraiment y retourner. Nous n’avons jamais eu un public aussi enthousiaste. Les gens étaient assis par terre, sur des tapis, à nos pieds. C’était vraiment touchant. Nous avons joué des partitions de compositeurs occidentaux, ce qui est plutôt inusité pour eux. J’ai été vraiment impressionnée. Il y avait aussi beaucoup de jeunes. L’Amérique du Sud et la Chine ont également été de belles expériences, même si, en Chine, les choses étaient parfois difficiles, car la notion de silence ne semble pas exister là-bas, en raison de la surpopulation.
Trio Fibonacci
Mardi 8 octobre 2013 19 h 30
Chapelle historique du Bon-Pasteur