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Le nouveau Arcade Fire, groovy et déroutant

Reflektor, le colossal nouvel album d’Arcade Fire, emprunte une voie plus onirique et dansante que ses prédécesseurs.

Mettons de côté le battage promotionnel que certains ont qualifié de prétentieux (concerts donnés sous de faux noms, énigmatiques graffitis urbains, apparitions de Bono et de Ben Stiller dans un court-métrage du groupe) et poussons un profond soupir de soulagement : Arcade Fire n’avait pas besoin de tout cet enrobage superflu.

Sur leur quatrième album, les géants de l’indie-rock et de la pop baroque prennent de gros risques, tant sur le plan du format (un album double se déclinant en 13 chansons, dont seulement 4 tombent sous la barre des cinq minutes!), que de l’empreinte rythmique plus dance floor (puissantes pulsations disco, synthés romantiques et par moments abrasifs, percussions tribales, punk hardcore explosif…)

Avec une première partie atteinte d’une vigoureuse fièvre Moroder et une deuxième se rangeant dans le camp atmo-sphérique, avec des basses plus denses et lancinantes, l’album double Reflektor propose une somptueuse ode à l’amour et à la vie, une réflexion sur la dualité (tel qu’annoncé par Régine dès la chanson-titre, avec son «entre la nuit et l’aurore, entre le royaume des vivants et des morts»), un clin d’œil au mythe d’Orphée et un cyclone de sonorités saisissantes.

L’album nous fait ainsi voyager du funk au rock, du festif au nostalgique et des plages antillaises au froid nordique glacial, avec des ruptures entraînantes et inattendues, souvent au sein d’une même chanson.

Pour cet opus grandiose, conçu entre la métropole, Kingston et la Louisiane, la bande de Montréal a élargi son spectre de collaborateurs. Elle a fait appel aux complices de longue date que sont le saxophoniste Colin Stetson, le violoniste Owen Pallett, le virtuose des tables tournantes Kid Koala et le réalisateur Mar-kus Dravs. Elle a aussi ouvert grand la porte à des sommités comme James Murphy, l’idéateur du défunt projet dance-punk mélancolique par excellence, LCD Soundsystem.

Haïti devient en quelque sorte la pierre angulaire de Reflektor, un album qui repose ultimement sur un premier voyage dans la perle des Antilles entrepris par Win et Régine il y a plusieurs années, et qui, de leur propre aveu, a bouleversé leur rapport à la vie – et à la musique. L’influence afro-caribéenne se fait sentir sur des pièces telles la ballade aérienne Awful Sound (Oh Eurydice) ainsi que la carnavalesque Here Comes the Night Time.

Ayant pris goût aux rythmiques antillaises, Butler a voulu livrer un album capable d’enflammer les pistes de danse. Il a donc recruté l’homme qu’il fallait pour mener sa mission à bon port. James Murphy rehausse les arrangements complexes du groupe avec des structures disco décalées, des nappes de synthés hypnotiques et de l’électro-punk charnelle qui donne le goût de faire bien plus que hocher la tête.

Une œuvre colossale qu’on n’avait pas vue venir, qui saura convertir et convaincre de nouveaux adeptes tout en ravivant la flamme des admirateurs de la première heure. Surtout, un album qui laisse le champ libre pour la suite. N’est-ce pas, au fond, le meilleur dénouement qu’on aurait pu souhaiter?

  • Verdict: Une œuvre colossale qu’on n’avait pas vue venir, qui saura convertir et convaincre de nouveaux adeptes tout en ravivant la flamme des admirateurs de la première heure.

Reflektor
En magasin dès mardi

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