Marie-José Desmarais: «La pilule a tout changé»
Des anecdotes de Janette Bertrand à celles de Cœur de pirate, en passant par les confidences de Céline Galipeau et de Louise Arbour, le nouveau livre Femmes de parole offre une réflexion originale sur les avancées féministes depuis l’arrivée de la pilule contraceptive, dans les années 1960. Métro a rencontré celle qui se cache derrière cet ouvrage, Marie-José Desmarais, éditrice de Châtelaine, qui a voulu souligner le demi-siècle d’existence de son magazine en donnant la parole à des Québécoises marquantes.
Il n’est pas rare de voir des interviews ou des reportages sur les femmes québécoises populaires ou influentes. Quelle est l’originalité de votre livre?
De fait, on voit souvent certaines de ces femmes à la télévision, dans les journaux ou dans des magazines comme le mien (rires)! Souvent, c’est pour commenter un sujet d’actualité, pour parler de leur plus récent livre ou film. Ce qui est différent ici, c’est que ces femmes sont venues à tour de rôle sur notre divan pour répondre aux mêmes questions, très liées au féminisme. Par exemple, on leur demande quelle femme les a le plus inspirées, ce qui les révolte, le chemin qu’il reste à faire… C’est un ouvrage à la fois inspirant et philosophique.
Votre concept a d’ailleurs connu un succès immédiat lorsque vous avez présenté les vidéos de ces entrevues en ligne.
Tout à fait. Et je tiens à rappeler qu’au départ, Femmes de parole n’est pas un livre, mais bien un projet vidéo. Avec mon équipe, nous avons décidé en 2010 de souligner les 50 ans de Châtelaine en réunissant 50 femmes de tête, en 50 films de 5 minutes. Je voulais des femmes inspirantes de tous les milieux, de tous les âges. J’ai ensuite pensé qu’un livre d’une grande qualité esthétique permettrait d’assurer une pérennité à ces entrevues. On retrouve donc sur papier 45 des 50 témoignages, avec en plus une biographie et des photos d’archives inédites.
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Ce qui frappe, lorsqu’on parcourt le livre, c’est que la grande majorité des femmes, pourtant bien différentes les unes des autres, répondent la même chose à une des questions…
Vous parlez de la question «Le moment qui a tout changé pour les femmes»? C’est vrai, elles estiment toutes que l’arrivée de la pilule contraceptive a été un des tournants les plus fondamentaux. J’aurais répondu la même chose! La contraception a tout changé; ce n’était plus le curé qui décidait du nombre d’enfants qu’on aurait. On a pu avoir la maîtrise de notre vie, et ça a bouleversé le monde du travail.
Votre magazine a d’ailleurs fait son apparition au même moment que la pilule contraceptive.
Et c’est bien pour cette raison que nous avons un mandat féministe! À l’époque où Châtelaine a vu le jour, des centaines de femmes se battaient pour faire valoir leurs revendications féministes de l’époque. Notre magazine a toujours fait écho au chemin parcouru par les Québécoises, avec des signatures aussi prestigieuses à l’époque que Marie-Claire Blais, Alice Parizeau et Anne Hébert. Aujourd’hui, il a bien sûr évolué, incorpore plus de sections dédiées à l’art de vivre, mais les reportages de fond restent une signature importante pour moi. Par exemple, nous avons récemment fait un grand dossier sur les avortements tardifs.
Selon vous, il y a donc encore beaucoup à faire pour la cause féministe?
Oh, que oui! Et c’est ce que nous rappellent toutes les Québécoises qui se retrouvent dans Femmes de parole. Nous n’avons pas encore défoncé le plafond de verre, malgré notre forte présence sur les bancs d’école et dans divers secteurs du monde du travail… Nous ne sommes qu’une poignée à occuper des postes de très haute direction. Les jeunes femmes d’aujourd’hui, qui souvent ne voient plus le besoin de se proclamer féministes, doivent s’en souvenir. J’aime particulièrement la citation de Janette Bertrand, qui dit : «Les fillettes d’aujourd’hui ont de la chance parce qu’on a été là. Point.»
Femmes de parole. Les leçons de vie de 45 Québécoises remarquables.
Les Éditions Rogers