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Jingle Bell Rocks! : Noël en 33 tours

Photo: EyeSteelFilm

Pendant de nombreuses années, Mitchell Kezin a été «dans le placard de Noël», pour reprendre sa propre expression. Fanatique de musique du temps des Fêtes, ce grand gaillard de plus de deux mètres a passé des lunes à cultiver, dans le secret, cette véritable obsession, courant les disquaires underground, se faisant souvent regarder de haut malgré sa taille imposante, cherchant LA chanson de Noël parfaite, LA perle rare. Se sentant seul, mais convaincu qu’il y en avait d’autres comme lui, celui qui est aussi réalisateur a un jour décidé de trouver ses semblables. «Allô, les maniaques de musique festive, vous existez?» Un nombre impressionnant de sympathiques fêlés ont répondu à son appel : «Oui!» C’est ainsi que la quête de Mitchell K. est devenue Jingle Bell Rocks!, un film vintage d’une folle sincérité. Explications pas loin du sapin.

Mitchell Kezin adore la musique de Noël. Mais vraiment, A-DO-RE. Il faut dire que, dès qu’il en entend, il se souvient d’une époque particulière, celle de son enfance, et des émotions profondes l’envahissent d’emblée. Comme un mélange de bonheur et de peine. Parce que Noël, quand c’est joyeux, c’est vraiment joyeux. Mais quand c’est triste, c’est viscéralement triste.

C’est un morceau bien précis qui est à l’origine de ce que Kezin nomme son «obsession». Il était tout petit, cinq ans tout juste, quand il a entendu l’obscure The Little Boy that Santa Claus Forgot, de Nat King Cole. Comme son père était absent et qu’il passait rarement à la maison le 25 décembre, le garçon s’est reconnu dans cette chanson. Le petit garçon que le père Noël avait oublié, c’était lui! Mitchell! Non?

Décembre après décembre, espérant faire changer le cours de l’histoire, il a prié sa mère de faire jouer la pièce encore et encore et encore et encore une fois peut-être, dans l’espoir qu’enfin, le père Noël se réveille et n’oublie pas le petit garçon. Mais lorsque l’aiguille arrivait à la fin du 45 tours, il était, encore et toujours, oublié. Du coup, à l’approche des Fêtes, Kezin a souvent ressenti «un mélange d’anxiété et d’anticipation». «Je n’ai jamais pu m’empêcher de me demander : ‘‘Mais qu’est ce que Noël va m’apporter cette année?’’»

Cette année en tout cas, décembre lui apporte la sortie de son documentaire, Jingle Bell Rocks!. Un projet auquel le réalisateur canadien désormais quadragénaire s’est donné corps, cœur et âme. En plus de s’occuper de la réalisation, il s’y met également en scène. Ainsi, dès le début du film, on le voit entrer en trombe dans un magasin de disques à grande surface de la Californie. On comprend que le magasin va fermer dans quelques minutes, et on voit Mitchell Kezin se jeter à quatre pattes dans l’allée, fouillant fiévreusement dans les paquets de vinyles de Noël, répétant «OhMyGodOhMyGodOhMyGod!!!» tandis qu’il découvre toujours de nouveaux trésors qu’il jette dans son panier d’achat déjà rempli à craquer. Il s’empare ainsi d’un CD de Sinead O’Connor chantant Silent Night et s’exclame : «Quoi? UNE piasse et 99 cents??? Je vais le prendre!» Puis, il se redresse et réalise: «Mon Dieu, je sue comme un fou!»

Après cette introduction complètement hallucinante, on suit ce gentil géant tandis qu’il part à la recherche d’albums rares et de collectionneurs encore plus obsédés que lui. Athée autoproclamé, il se concentre sur la musique pop laïque plutôt que religieuse. Curieux, sensible, il s’intéresse aussi à l’aspect social de la musique de Noël, explorant comment elle peut à la fois rallier les différentes communautés, panser les maux, gommer les différences, mais aussi refléter les inégalités économiques et raciales. «C’était très important pour moi de mettre de l’avant le contexte social dans lequel plusieurs de ces chansons sont nées», dit le documentariste originaire de Calgary.

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Tandis qu’il explore ces questions, Kezin croise d’autres «junkies» comme lui, mordus finis de chansons de Noël. Certains sont célèbres. Il y a le pape du trash John Waters, les mythiques rappeurs de RUN-D.M.C., sans oublier Wayne Coyne, le leader des Flaming Lips. Vêtu d’un pull de laine arborant des têtes de mort, dans un décor de sapins de plastique roses, verts et rouges, Coyne parle de sa passion folle pour les Fêtes. «Il a vraiment compris ma quête, remarque Kezin. Il était comme un prophète. Un mystique.»

À l’image du joli pull de Wayne, le film possède un look rétro élaboré. Devant la caméra, Kezin lui-même porte un assortiment de chemises et de t-shirts qui feraient blêmir d’envie tout habitant du Mile-End qui se respecte. «Je voulais vraiment capter cette ère, la fin des années 1960, quand j’étais jeune et que le 25 décembre avait un côté magique, dit-il. Les lumières, leur lueur, toute cette atmosphère qui rendait cette célébration vraiment spéciale…»

Une autre chose qui a été «vraiment spéciale»? Parler de sa passion au grand jour. D’un côté, Kezin s’est soudain senti moins isolé. Mais d’un autre, il a trouvé difficile de dire adieu au «côté secret qui rendait ses fouilles si uniques». Sans oublier que, lorsque lui et la plupart de ses confrères ont commencé à vivre leur passion, Internet n’était pas dans le portrait. «La poursuite d’un disque pouvait être in-ter-mi-na-ble! À force d’envoyer des lettres, de passer des coups de fil et d’emprunter des cassettes, on parvenait à placer certains titres dans notre collection. On était une petite bande, une cabale de collectionneurs bizarroïdes. Internet a un peu tué le plaisir; la chasse n’est plus aussi significative», se désole-t-il.

Enfin, a-t-il peur que des gens qui voient Noël d’un œil cynique récupèrent son projet venu du coeur afin d’en faire quelque chose d’ironique et de trop hip? «Je ne pense pas que ça puisse arriver, répond Mitchell après un moment de réflexion. Je crois que mon film est, du moins je l’espère, trop inspirant, réconfortant et authentique pour que quelqu’un essaye de le dénaturer… Je suis comme ça. C’est ma nature. Et je crois qu’elle est devenue aussi, sans que je m’en rende compte, celle de mon film.»

Mitchell Kezin recommande…

Quel album faites-vous jouer lorsque tombe la première neige de l’année?
Chantons Noël : Ghosts of Christmas Past, paru en 1981 sous étiquette Les Disques du Crépuscule. C’est, de loin, le plus sublime et le plus cool des longs jeux datant des années 1980. Mais vous devez faire très attention puisque ce microsillon a été réédité deux fois et certaines des meilleures chansons sont absentes des versions plus récentes. Cet album est réellement un must! La chanson Snowflakes du groupe The Durutti Column SONNE comme la neige qui tombe! C’est la première chanson (et le premier album) que j’écoute quand Noël commence pour moi, le 1er novembre.

Quels albums recommanderiez-vous pour un Noël romantique?
A Winter Romance, de Dean Martin, mais essayez de trouver l’original! Sinon, Snowfall de Tony Bennett et A Jolly Christmas de Frank Sinatra. Moi-même, je prépare mes propres mixtape pour cette occasion (bien sûr!), mais il y a aussi quatre compilations jazz que je recommanderais, soit : Have Yourself A Jazzy Little Christmas, The VERY best of Christmas Jazz et Christmas is for Lovers, tous trois sous étiquette Verve, ainsi que Under the Mistletoe : Reindeer & Romance du label Ultra-Lounge. Ça, c’est pour les albums. Pour ce qui est de ma chanson romantique préférée de tous les temps, c’est incontestablement Christmas Waltz de Nancy Wilson!

Et les albums que vous conseilleriez à un hôte qui souhaite faire danser ses invités?
Assurément des œuvres de l’inimitable James Brown! Il a enregistré plusieurs albums qui possèdent à la fois des chansons entraînantes et des ballades, donc il faut sélectionner les morceaux qui bougent! Je suggère A Soulful Christmas (1968, sous étiquette King) et Hey America, It’s Christmas (1970 , sous Polydor). Sinon, j’ADORE Lou Rawls et son disque de Noël, Merry Christmas, Ho! Ho! Ho! (1967 – Capitol), c’est de la bombe!

Les albums que vous faites tourner en apprêtant votre souper de Noël?
Deux disques funky et jazz absolument incontournables qui portent le même titre et qui sont sortis la même année sous le même label! À savoir Holiday Soul, du pianiste Bobby Timmons (1964 – Prestige) et Holiday Soul de l’organiste Don Patterson (1964 – Prestige)!

Le meilleur duo hivernal, selon vous, c’est lequel?
Sammy Davis Jr et Carmen McRae qui interprètent Baby, It’s Cold Outside. Je raffole de Sammy et j’adore comment il cabotine là-dessus! Les deux semblent avoir un plaisir fou sur cet enregistrement!

[youtube=http://www.youtube.com/watch?v=1wUIIssu9_E&w=640&h=360]
Jingle Bell Rocks!
À l’affiche au Cinéma du Parc

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