Culture

Cette semaine, on craque pour: Érik Papatie chez Morin, Pascale Picard, Nuits blanches…

Cette semaine, on craque pour… Érik Papatie chez Morin, le nouvel album de Pascale Picard, Scratch, la décision du jury du prix Pulitzer, Le rêve fou d’Alejandro Jodorowsky, le Pulitzer à Donna Tartt et Nuits blanches.

1. Érik Papatie chez Morin
Comme tous les films de Morin, 3 histoires d’Indiens nous tord les boyaux et nous montre des choses qu’on ne veut pas forcément voir. Dans ce faux documentaire planté dans le décor de tristesse et de désolation d’une réserve indienne, l’attachant Erik Papatie agit comme un rayon de soleil. L’acteur incarne un jeune homme qui, armé d’une caméra à laquelle il s’adresse – un procédé cher à Morin – part réaliser son grand projet: créer une chaîne de télévision pour les membres de sa communauté. Il souhaite filmer des animaux «pour donner le goût aux enfants d’aller dans la forêt» et pour «faire revivre la tradition Anishnabe de l’ancien temps». Dans une scène, le réalisateur en herbe, d’un optimisme désarmant, nous présente ses frères, dont un est en prison, et ses sœurs, dont une est décédée, et relate, en quelques plans, sa vie dans toutes les familles d’accueil où il a demeuré «de 6 à 18 ans». Sa caméra balaie les demeures pour enfin tomber sur une maison de Rouyn où il aura vécu plusieurs années. «Je n’étais pas supposé rester là plus de 30 jours, remarque-t-il joyeusement, mais ils m’ont oublié!» Nous, on ne l’oubliera pas de sitôt, ce grand bonhomme. (Natalia Wysocka)

2. Le nouvel album de Pascale Picard
Comme George Harrison, mais sans le «Must», Pascale Picard trouve que All Things Pass. Les choses passent, le temps aussi, et demain est un autre jour, chante-t-elle sur Tomorrow’s Another Day, la pièce d’ouverture de ce troisième album. Après la folie de Me, Myself & Us, et de Gate 22 surtout, la musicienne de Québec offre un disque hyper personnel, aux arrangements inventifs, aux textes tantôt mélancoliques, tantôt accompagnés d’un sourire en coin. Au fil de ces choses qui passent, Pascale nous réserve de belles surprises, comme la douce Hey Tim ou Haunted States, morceau plus sombre qui commence dans une atmosphère intime rapidement bouleversée par la guit pesante de Louis Fernandez et le chant brut de l’interprète. Sur la pièce finale, où un piano harmonieux se fait dominant, la multi-instrumentiste devient viscérale, clamant à un autre qu’elle n’a pas besoin de son aide pour «fuck it up», tout gâcher. Cet album est loin de l’avoir été en tout cas. (Natalia Wysocka)

3. Scratch
Anna a 15 ans et des poux qui ne la quittent pas. Oh. Et sa mère se meurt du cancer. Drôle de mélange, qui nous plonge dans l’univers d’une adolescente qui ne sait trop comment réagir à ce qui lui arrive. La pièce Scratch de Charlotte Corbeil-Coleman, mise en scène par Sébastien David, aurait pu être lourde. Elle ne l’est nullement. Elle nous fait rire et nous rend triste tout à la fois. Elle aborde le thème du deuil avec nuance, justesse et humanité. Mention spéciale aux comédiennes Monique Spaziani (la mère hippie) et Émilie Cormier (Anna), qui nous ont particulièrement touché. À voir avant le 2 mai à la Petite Licorne. (Andréanne Chevalier)

4. La décision du jury du Pulitzer
Les journaux britannique The Guardian et américain The Washington Post ont reçu le prestigieux prix Pulitzer lundi. Les deux entreprises de presse, grâce à l’aide du consultant Edward Snowden, ont révélé l’ampleur des programmes de surveillance américains, qui espionnaient des milliers de citoyens dans le monde via leurs téléphones et leurs données internet. Il a fallu beaucoup de courage aux journalistes qui ont mené de front ces dossiers, faisant fi des menaces de censure et de réprimande des gouvernements. On croit, parfois, que la liberté de presse est acquise dans les pays dits «démocratiques», mais de telles situations nous rappellent qu’il faut rester vigilant. C’est ce qu’ont fait avec brio ces confrères journalistes. Bravo! (Daphnée Hacker-B.)

5. Le rêve fou d’Alejandro Jodorowsky
Nous sommes en 1974, quelques années avant les Star Wars et autres blockbusters de science-fiction. Le réalisateur expérimental chilien Alejandro Jodorowsky (El Topo, La montagne sacrée) a un rêve: il veut adapter Dune, le célèbre roman de sci-fi de Frank Herbert. L’ambitieux projet, pourtant si près du but, n’aboutira jamais, mais nous avons un aperçu de ce qu’il aurait pu être dans le documentaire Jodorowsky’s Dune, et nous réalisons avec chagrin que nous ne pourrons jamais le voir. Nous nous consolons toutefois en voyant l’énergie qui anime toujours Jodorowsky, qui, à 85 ans, dévore chaque seconde de pellicule qu’il habite. Jodorowsky’s Dune est à l’affiche au Cinéma du Parc jusqu’au 23 avril. (Jeff Yates)

6. Le Pulitzer à Donna Tartt
L’Américaine Donna Tartt mérite amplement le prix Pulitzer de la fiction qu’elle vient de remporter pour son troisième roman, Le chardonneret (The Goldfinch). Tartt, 50 ans, est une remarquable écrivaine et elle l’a prouvé à 3 reprises en 30 ans. Bien qu’on avait aimé Le petit ami (The Little Friend), c’est son premier roman Le maître des illusions (The secret History), qui nous a marquée. Grâce à sa plume dense et efficace, elle a le don de faire sentir au lecteur qu’il fait partie intégrante de ses récits, et de lui faire vivre un profond deuil des personnages chaque fois qu’il tourne la dernière page. Devra-t-on attendre encore 10 ans pour voir paraître sa 4e œuvre? Espérons que non! (Rachelle Mc Duff)

7. Nuits blanches
De quoi ont l’air vos vêtements de nuit? Et ceux que vous portez pour sortir? Dans une perspective historique, les vêtements sont souvent des témoins importants et ont beaucoup de choses à dire. L’exposition Nuits blanches, présentée au Musée du costume et du textile du Québec jusqu’au 25 mai, explore les usages et les fonctions dans le temps – en plus de la symbolique du blanc et de ses dérivés – de ces habillements intimes et particuliers. Qu’il s’agisse de créations simples ou de pièces ornées de dentelle et de broderies, les articles exposés fascinent par leur passé qu’on prend plaisir à imaginer. Mais attention…malgré la tentation, il ne faut pas toucher aux tissus! (Andréanne Chevalier)

On se désole pour…

Les réactions démesurées
Yoan Garneau a 18 ans. Il joue de la guitare. Pis il chante aussi. Dimanche dernier, il a gagné un certain concours télévisé. Et beaucoup de gens, certains très sérieux, d’autres moins, n’étaient pas contents. Sur les réseaux sociaux, c’était le massacre. On aurait dit que Charles Lafortune avait annoncé qu’on allait démolir la statue du mont Royal pour en ériger une autre à l’effigie de Yoan. En or. Et avec des rubis. Avec l’argent des contribuables. Ou qu’en plus d’un contrat de disque et d’une bourse, on offrait au blond chanteur, clés en main, un poste de, genre, ministre de la Santé. Ou de l’Éducation. Le déchaînement était incroyable. Complètement surréaliste. «C’est d’la faute aux régions!» Ben oui, c’est ça, parce que nous, à Montréal, on est siiiii sophistiqués et teeeellement au-dessus de ça, la musique country. Pffffft, Elvis. Pffft, Johnny Cash. N’importe quoi. Yoan Garneau a 18 ans. Il a gagné un concours de chant. C’est tout. Est-ce qu’on peut passer à autre chose maintenant? (Natalia Wysocka)

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