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Foxfire: Confessions of a Girl Gang, les filles font la loi

Photo: Les films Séville
Marilyne Letertre - Métro France

Laurent Cantet, récipiendaire de la Palme d’or pour Entre les murs, adapte Foxfire, le best-seller de Joyce Carol Oates. Une bouillonnante chronique féminine et adolescente dans l’Amérique profonde des années 1950.

Après votre Palme d’or, trouver un nouveau projet a-t-il été difficile?
Pas vraiment, j’ai eu de la chance. Je lisais Foxfire pendant le montage d’Entre les murs et j’ai eu un coup de cœur. J’étais toujours porté par ma bande d’adolescents, leur énergie, et l’idée de me retrouver à nouveau face à des jeunes gens m’a remotivé. Et puis, les thématiques me touchaient: le groupe, comment y trouver sa place, comment se soustraire à des règles aussi nécessaires que contraignantes…

Il est aussi question d’oppression dans le film…

Évidemment. Les filles sont à la fois victimes du machisme ambiant, qui sera le point de départ de leur résistance, et leur statut social. Elles sont issues de milieux défavorisés et ont été «abandonnées» par leurs parents. À cette époque, en plein cœur de l’American Dream, la croyance populaire voulait que tous les Américains connaissent un avenir radieux. Moi, je voulais montrer le contrepied de cela, les laissés-pour-compte que l’histoire oubliait.

À vos yeux, les problématiques du film sont-elles contemporaines, notamment en ce qui concerne la condition féminine?
Il suffit d’écouter le discours de certains politiciens pour s’en rendre compte. Comme le sénateur américain Todd Akin qui, encore récemment, osait faire le distinguo entre véritables et faux viols. J’ai un autre exemple qui peut paraître anodin, mais qui en dit long sur l’oppression que subissent encore les femmes: ma fille de 20 ans a passé sa scolarité dans un collège de Bagnolet où elle n’osait pas porter de jupe, de peur de se faire traiter de salope par les garçons.

Dans le film, l’homme est d’ailleurs l’ennemi à abattre.
Le film endosse la mauvaise foi des héroïnes: l’homme n’a aucune chance de trouver grâce à leurs yeux. Il n’y a aucune objectivité. Elles veulent un monde sans hommes et ne tolèrent aucune infraction à cette règle.

Tourner un film d’époque aux États-Unis a-t-il rendu le financement plus complexe?

Grâce à la Palme d’or, même si le film était plus cher, j’ai eu une liberté totale: on ne m’a pas imposé de noms connus ni demandé de tourner dans l’Hexagone. J’avais d’ailleurs de mon plein gré essayé de transposer l’histoire en France, mais je n’arrivais pas à me défaire des images de l’Amérique des années 1950 que j’avais en tête après la lecture du livre.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=Rad6l9iyMRc]
Foxfire: Confessions of a Girl Gang
En salle dès vendredi

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