Fading Gigolo: Woody le proxénète
John Turturro n’a pas seulement réussi à convaincre Woody Allen de jouer dans son film, Fading Gigolo. Il en a aussi fait son proxénète!
Dans Fading Gigolo (Apprenti gigolo), John Turturro – qui réalise et signe le scénario – incarne Fioravante, un petit fleuriste de New York. Quand il se voit aux prises avec des problèmes financiers, son bon ami, personnifié par nul autre que Woody Allen, lui propose de vendre ses charmes à la gent féminine – Sharon Stone, Sofia Vergara et Vanessa Paradis en l’occurrence. Sous cette prémisse comique se cache une fable sur les petits commerces en voie de disparition. Métro s’est entretenu avec le réalisateur et acteur.
Il y a une chaleur qui se dégage de votre film. C’est impressionnant…
C’est parce que nous avons choisi de tourner sur pellicule. Nous avons testé la pellicule et le numérique et nous trouvions que la pellicule était plus flatteuse pour les femmes. C’est plus doux. Ça nous a permis de créer un univers à part. Un peu comme ce que peut évoquer une photographie ou une peinture. C’est quelque chose d’invitant. J’ai aussi choisi de tourner dans de très petits endroits.
Vous avez réussi à sortir Woody Allen de Woody Allen. Comment y êtes-vous parvenu?
J’ai réussi à le faire sortir de ses pantalons kaki! Il faut le faire! Je lui ai dit que ce n’était pas du tout dans la palette de mon film. Après avoir travaillé avec lui sur le scénario et sur des projets au théâtre, j’ai réussi à le convaincre. Je lui ai même fait porter une tuque… Et un veston noir! Il est chic, Woody!
Woody n’accepte pas souvent d’être dirigé par d’autres réalisateurs…
Non. Mais il m’aime bien. J’ai écrit le scénario et il m’a fait ses commentaires. Puis, j’ai retravaillé mon script. Ce que vous voyez à l’écran, c’est le résultat de deux ans de travail. Woody m’a encouragé et il m’a poussé à me dépasser, à créer la dynamique qu’on retrouve dans le film. Quand j’ai mis en scène des pièces au théâtre, Woody me disait: «Tout est parfait. Maintenant, ne va pas tout gâcher!»
Votre film pose sa caméra sur un monde en voie de disparition: celui des petits commerces indépendants new-yorkais.
Ces endroits sont à l’agonie. Ça me rend nostalgique. C’est une grande perte de voir que les petits endroits différents disparaissent, que tout devient pareil. Dans un Starbucks, tous les clients sont seuls. J’ai choisi de devenir un investisseur de la librairie que je fréquente dans Park Slope [un quartier de Brooklyn], parce que je veux continuer d’acheter mes livres dans une boutique indépendante, et non dans une chaîne. Je n’aime pas quand les choses sont trop grandes. Je n’aime pas les supermarchés. Ils m’effraient. Pour moi, les commerces ne devraient pas être à cette échelle.
Est-ce que les frères Coen vous ont contacté pour la suite de Barton Fink?
Oui… ils attendent que je sois très vieux!
Ils disent que ça pourrait prendre du temps…
Je suis prêt à toute éventualité. S’ils veulent me vieillir à l’écran, je n’ai aucun problème avec ça. Je ferais tout pour eux. Ils font partie de mes amis les plus proches.
Vanessa au paradis
Dans Fading Gigolo, Vanessa Paradis incarne une jeune juive d’une communauté radicale qui tente de s’émanciper. La comédienne et chanteuse y donne la réplique en anglais à deux hommes qu’elle admire: John Turturro et Woody Allen.
C’est la première fois que vous tournez en anglais. Comment l’expliquez-vous?
J’attendais la proposition idéale. Et je suis heureuse, car ç’a été le cas. Même si j’avais une certaine pression face à ce défi, j’étais grisée à l’idée d’être loin de chez moi. Loin de ma zone de confort. John Turturro est un brillant directeur d’acteurs qui vous conduit là où vous ne pensiez pas aller.
Woody Allen campe l’homme qui vous conduit chez un gigolo. Quel partenaire est-il?
C’était incroyable. Quelle chance de partager l’affiche avec ce metteur en scène unique en son genre. J’adore ses films, notamment Annie Hall et Manhattan. Ses personnages sont passionnants. Sur le ton le plus banal, ils sont capables de balancer des choses intenses. Devant la caméra, il s’est montré très bon élève. Il a été très facile à diriger. Il improvise avec beaucoup d’humour, si bien qu’il faut faire attention de pas éclater de rire. J’interprète tout de même une femme sérieuse et réservée.
http://www.youtube.com/watch?v=t2epX4tXfic
Fading Gigolo
En salle dès vendredi