Emmanuelle Seigner: «J’ai toujours été suspecte»
Dirigée par Roman Polanski, Emmanuelle Seigner fait tourner la tête de Mathieu Amalric dans La Vénus à la fourrure. Rencontre avec une actrice sous-exploitée par son milieu, mais toujours magnifiée par la caméra de son mari.
Avec ce film, votre mari vous offre votre premier rôle dans une comédie…
Roman rêvait d’une comédie raffinée à la Billy Wilder et connaissait mes frustrations d’actrice. Je me suis toujours sentie sous-employée dans un registre qui m’ennuie profondément: la femme énigmatique, mystérieuse, passive…. Dans La Vénus à la fourrure, mon personnage est multiple: vulgaire, grotesque, sensuel, manipulateur, dominant, drôle… J’avais déjà eu de bons rôles, mais j’aurai attendu d’avoir 47 ans pour mon premier grand rôle.
Comment l’expliquez-vous?
J’ai toujours été suspecte. Je suis une ex-mannequin et j’ai commencé dans une grosse production de Warner avec Harrison Ford et sous la direction de Roman: ça a suscité pas mal de jalousie. À l’époque, les Françaises ne jouaient pas aux États-Unis et les gens pensaient que je ne méritais pas cette chance. Je ne me plains pas, mais j’ai dû me battre : le cinéma français est une clique et je n’en fais pas partie. Il y a pourtant eu Dans la maison, de François Ozon, et Quelques heures de printemps de Stéphane Brizé. Les choses commencent à bouger. Mais combien de fois ai-je entendu: «Vous êtes trop belle, vous faites trop rêver»? C’est quoi ces conneries? C’est hyper réducteur. Quand Julia Roberts joue une serveuse, personne ne lui dit qu’elle ne fait pas assez «réaliste».
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Mathieu Amalric ressemble beaucoup à votre époux dans le film. Était-ce troublant?
Jouer face à Mathieu est toujours troublant! C’est un acteur intelligent qui perpétue une certaine tradition française, celle des Gérard Philippe ou de la Comédie française que je fréquentais avec mon grand-père… Il a été choisi pour son talent: la ressemblance gênait même un peu Roman au début.
Vous dites que Polanski était plus dur avec vous sur le tournage?
Effectivement, mais il n’est de toute façon pas du genre à mettre des gants blancs. Cette exigence a fait de lui un grand cinéaste et je mesure pleinement la chance que j’ai de travailler à ses côtés. Je lui dois énormément.
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La Vénus à la fourrure
En salle dès vendredi