Culture

Seulement au FME!

Photo: Christian Leduc

Il y a des choses qu’on ne trouve nulle part ailleurs qu’au FMEAT, qui, non, n’est pas le festival de la viande, mais bien celui de la Musique émergente en Abitibi-Témiscamingue, communément abrégé en FME. Une ambiance, un accueil, une énergie, des sourires grands comme ça. La 12e édition de l’événement, qui s’est déroulée durant le long week-end, a une fois de plus donné naissance à des moments mémorables au cœur de Rouyn.

«C’est ma première fois ici, c’est vraiment malade!» s’est exclamé Bernhari vers la moitié de son spectacle. C’était durant la deuxième journée du festival, dans la petite salle du Cabaret de la dernière chance, et l’auteur-compositeur-interprète montréalais y lançait son premier album. En compagnie de ses musiciens, dont le guitariste et réalisateur de son disque éponyme, Emmanuel Éthier, Bernhari a levé une bière à la santé de la ville, ravi: «À Rouyn!»

Des scènes semblables se sont reproduites tout au long du festival cocréé et présidé par Sandy Boutin. Tous les artistes semblaient vraiment, sincèrement heureux d’être là, rassemblés dans ce coin reculé du nord du Québec.

Événement dédié aux découvertes, le FME nous a réservé, comme le veut la tradition, son lot de surprises. Notamment la bassiste et chanteuse bretonne Laetitia Shériff, qui est arrivée en Abitibi avec ses airs de PJ Harvey. Durant son concert intimiste, donné dans le café-bar l’Abstracto (bondé!), la rockeuse a vanté «la bonne humeur et l’humour» des gens du coin, conviant même un spectateur à raconter une blague pendant qu’elle remplaçait une corde cassée.

Le Montréalais Antoine Corriveau a quant à lui interprété, durant le show qu’il donnait dans la superbe salle Évolu-Son, une pièce de circonstance, à savoir La ville d’où on vient. Il a souligné la connotation «spéciale» de cette chanson, compte tenu du fait que deux de ses musiciens, soit son guitariste Christian Gagnon et son bassiste Pascal Sallafranque, sont des «locaux».

«Je pense que quiconque est dans un band veut un jour jouer au FME. C’est un des festivals les plus cool qui existent.» –Antoine Corriveau

Pour la petite histoire, c’était la seconde fois que l’auteur-compositeur-interprète jouait au FME, où il lançait cette fois l’édition vinyle de son dernier album, Les ombres longues, paru sous étiquette Coyote Records. Les 100 premières personnes qui sont arrivées dans la salle pour le voir se sont du reste vu offrir, cadeau!, un 33 tours gratuit. Et ce, qu’elles aient un tourne-disque à la maison ou pas. «Comme il y a beaucoup de shows en même temps, c’était une belle façon de rapatrier du monde et de créer l’événement. Tout le monde était bien content», a remarqué Corriveau. Et la personne qui vend des tables tournantes à Rouyn doit vraiment remercier Antoine…

The Feather: venu de loin

Art FME The Feather

Si les groupes québécois sont nombreux au FME, les musiciens viennent de partout pour y jouer. C’est ainsi qu’on a pu découvrir The Feather, projet de l’artiste belge Thomas Médard, qui a fait paraître un premier album, Invisible, en septembre 2013. Chez lui. Parce qu’au Québec l’album que Thomas a composé, réalisé et interprété seul n’est disponible que depuis cette semaine.

Sur scène, celui qui est principalement chanteur et guitariste a «fait appel à des amis», dont Maxime Lhussier, également à la voix et à la guitare. Ensemble, ils présentent un spectacle «plus rock et percussif» que l’album, que Thomas qualifie de «plus fragile». Et c’est à Rouyn que les musiciens ont présenté leur tout premier concert en sol québécois. En fait, leurs deux premiers concerts. Un en début d’après-midi, devant un public plus familial, au centre commercial. Et un autre en soirée, à l’Agora des arts, où ils ont partagé la scène avec deux bands montréalais, soit Blood and Glass et Fontarabie, concept mené par Julien Mineau, de Malajube, pour lequel l’artiste belge dit d’ailleurs avoir eu un «gros coup de cœur».

Douce, portée par des sons cristallins, la musique de The Feather a été comparée par plusieurs à celle de Patrick Watson. Un rapprochement qui fait «très très très plaisir» à Thomas Médard, qui a croisé au FME deux des musiciens de Watson, le batteur Robbie Kuster et le bassiste Mishka Stein, qui accompagnaient sur scène Arthur H.

«C’était vraiment très chouette de pouvoir leur parler, remarque l’idéateur de The Feather. C’est des artistes complets que j’aime beaucoup, donc être comparé à eux, et pouvoir même les rencontrer, c’est assez magique.»

N.B.: The Feather se produit mardi soir au Divan orange avec une autre artiste qu’on a pu voir au FME, Laetitia Shériff. Ça commence à 21h30.

Notre FME 2014 – Quelques mentions

• Le moment le plus mignon. «Rouyn! Je pense que vous allez gagner la palme du show le plus cute qu’on a jamais fait!» s’est exclamée Marie-Anne Arsenault, la chanteuse et bassiste du groupe électro-pop-punk Propofol, qui se produisait dans le cadre de l’Après-midi électro en, oui, après-midi. Devant la scène, des enfants dansaient. «Il y a même une petite fille en rose qui me regarde médusée!» s’est réjouie Marie-Anne.

• Le chanteur le plus rock. Et le plus honnête. «I’m fuckin’ drunk but that’s ok!» a lancé Michael Mooney. L’explosif vocaliste du tout aussi explosif groupe montréalais Le Trouble s’est vraiment donné corps et âme durant son show nocturne samedi, et ce, même s’il faisait 167 degrés à l’intérieur du Cabaret.

•Le surfeur extraordinaire. L’éclaté Haligonien Rich Aucoin qui, lors du concert d’ouverture, a pris l’expression «surfer sur la foule» au pied de la lettre…

• Le claviériste extraordinaire. François Lafontaine, qu’on a pu voir aux côtés de la magnifique Lisa Iwanycki, de Blood and Glass, et d’Arthur H. Ce dernier n’a du reste pas tari d’éloges sur scène pour «son ami Frank».

• La transformation de nom la plus poétique. Abitibi-Témiscamingue? Non, «Abyssinie-où-t’as-mis-la-mangue?» a préféré dire Arthur H, qui a présenté des pièces de son tout nouvel album, dont une chanson racontant «l’histoire banale d’un homme qui tombe amoureux d’une extraterrestre». «On a tous connu ça, hein?» s’est-il enquis, sourire en coin.

Art FME The Vibrators credit Christian Leduc
The Vibrators – crédit: Christian Leduc

• La transformation de nom la plus punk. La palme revient aux légendes du punk british The Vibrators, qui ont modifié Disco in Moscow, dans laquelle «everybody’s dancing» en «Rwennenorrenda’s dancing!». Le groupe londonien nous a aussi donné du «Baby, Baby». Moment d’extase pour les fidèles.

• Le moment qui coupe le souffle. Bernhari qui chante Au nord de Maria. Comme si les esprits de Nick Cave et de Brel s’étaient transposés soudain dans un seul homme. O.K., oui, on a pleuré.

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