Culture

Meneurs d’attelage, les chefs d’orchestre de l’équitation

« Jongler » avec les brides pour maîtriser quatre chevaux aux tempéraments différents et franchir avec élégance des passages étroits: les meneurs d’attelage déploient toute la délicatesse d’un chef d’orchestre pour cette discipline méconnue des Jeux équestres mondiaux.

« C’est un mélange de bateau, d’entreprise, de sport d’équipe. Il y a les coéquipiers. Il faut un entraînement quotidien sur chaque cheval. Ils sont montés individuellement, attelés par un, puis par deux pour, à la fin, mettre tout ça ensemble et que tout ça roule », explique à l’AFP Benjamin Aillaud, 38 ans, un des meneurs de l’équipe de France d’attelage qui a été vice-champion du monde en 2007.

Une fois à bord, « vous avez quatre guides dans les mains, vous devez jongler avec. Plus vous jonglez vite, plus vos chevaux reçoivent des ordres rapidement. Et en même temps, vitesse ne veut pas dire brutalité: ça doit être rapide et délicat », poursuit ce directeur équestre d’une compagnie de spectacle canadienne qui s’est acheté son premier poney à l’âge de six ans.

« Moi, j’ai eu la chance d’apprendre le jonglage. Ca fait partie de mon entraînement pour la manipulation des guides (rênes pour les chevaux de selle, ndlr) », assure celui qui, tout petit, demandait à ses plus fidèles destriers d’être « à la fois des chevaux de cow-boys et d’indiens, de nager dans les rivières et d’aider à fabriquer des cabanes ».

Poser le fouet
Ici, l’élégance va bien au-delà des chapeaux haut de forme souvent portés par les meneurs en compétition. La finesse d’une courbe dessinée par l’attelage vers la gauche peut dépendre de l’épaule droite du meneur, qui en reculant va agir sur les guides droits et maintenir en équilibre ce jeu de construction mouvant.

« Poser – on ne frappe jamais – le fouet sur la fesse gauche du cheval » peut aussi contribuer à polir la trajectoire, précise Quentin Simonet, conseiller technique de l’équipe de France d’attelage.

Durant l’épreuve de maniabilité, prévue dimanche à Caen, il s’agit de passer entre des cônes avec quelques centimètres de marge de chaque côté de la voiture, sans faire tomber les balles posées sur ces plots.

Pour la partie la plus spectaculaire, le marathon de samedi, l’attelage doit franchir de plus gros obstacles, buttes ou rivières, slalomer entre des barrières. Pour ces « enchaînements techniques assez serrés », la voiture n’est plus une réplique des fiacres distingués d’autrefois – comme c’est le cas pour la maniabilité – mais un modèle adapté. Et les coéquipiers du meneur s’agrippent à l’extérieur de la voiture pour faire contrepoids dans les virages.

Roucouler à l’oreille des chevaux
« C’est un mélange d’habileté et de force. Il n’y a pas d’autre discipline qui réunisse autant de forces en équitation », résume Benjamin Aillaud, que son père préférait « emmener voir des spectacles, notamment de chevaux, plutôt que d’acheter une télévision ».

La puissance de quatre chevaux et « les heures et les heures de travail pour aboutir à quatre chevaux ronds » (à l’encolure bien orientée, tête vers le bas), c’est aussi ce qui fascine Stéphane Chouzenoux, 43 ans, seul meneur français à avoir participé aux Jeux équestre de Lexington en 2010.

Pour « maîtriser ces quatre tempéraments », la « voix » est aussi un instrument « très important », ajoute ce chef d’une entreprise de BTP, interrogé juste après avoir roucoulé doucement à l’oreille de ses chevaux, par dessus le cliquetis des boucles et des harnais.

Le roucoulement, « ça nous vient des Polonais qui faisaient ça pour arrêter leurs chevaux. Nous, on l’a gardé plutôt pour rassurer, éventuellement ralentir, enlever un petit peu de gaz », explique le meneur qui, à 16 ans, considérait cette discipline comme « un sport de vieux » avant de se faire une grosse frayeur en compétition en renversant son attelage.

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