Après moi: une autre faune
La captivante bande des Éternels Pigistes présente Après moi, une toute nouvelle pièce signée Christian Bégin. Après vous, monsieur.
Vous êtes heureux de revenir avec une nouvelle production des Éternels Pigistes?
Oh, tellement! Si vous saviez! C’est vraiment un bel espace dans ma vie. Un espace de création, de liberté, de plaisir!
Comment est-ce que vous fonctionnez? Vous vous retrouvez pour créer lorsque vous trouvez le temps de le faire?
En fait, c’est l’urgence de nous retrouver qui nous rassemble. Comme l’aventure de Pi…?! avait été somme toute concluante – c’est quand même une pièce qu’on a jouée plus de 100 fois! –, j’ai proposé à mes compagnons d’écrire notre nouvelle production, encore une fois. Ils m’ont dit : «Oui, go!» Voilà.
La pièce se déroule dans un motel sur le bord de la 117…
Oui, pas loin de Val-d’Or. Il y a une tempête de neige qui va forcer la rencontre de cinq individus dont les destins sont complètement différents.
C’est un lieu symbolique, pour vous, le motel?
Ça permet surtout un huis clos. C’est d’ailleurs ma troisième pièce qui se déroule dans un huis clos. Circus minimus se passait dans une roulotte, Pi…?!, dans un loft. Le motel, pour moi, c’est un lieu assez impersonnel qui s’habille de tout ce qui se passe dans chacune des chambres. Mais une fois que tu es parti, on fait le ménage et il ne reste plus de traces de toi…
Vous incarnez un docteur en physique et en philosophie…
Oui. Une espèce d’hurluber-lu, un intellectuel qui se réfugie dans les mots et dans sa capacité à réfléchir sur le monde, mais qui est complètement handicapé sur le plan des relations humaines. Il fait une recherche sur l’empathie, tout en étant incapable d’en éprouver. C’est un personnage assez déroutant…
… et agréable à jouer?
Oui, mais confrontant. Marie Charlebois, qui signe la mise en scène, amène [mon personnage] dans des avenues que je ne soupçonnais pas, dans des zones d’inconfort – et grand bien m’en fasse! Comme on se connaît tellement, elle connaît nos pièges d’acteurs, nos mécanismes, elle sait sur quels boutons on pèse quand on veut être confortables… et elle s’organise pour qu’on ne le soit pas trop!
Vous, dans quoi vous sentez-vous le plus confortable?
Hmm… Je dirais qu’il y a quelque chose dans le ridicule de ce personnage que je trouve difficile à assumer. Ç’aurait été plus facile pour moi d’en faire quelqu’un dont on ne voit pas la détresse. Marie l’amène au bord d’un ridicule qui trahit sa totale incapacité à être en relation avec les gens. Ça, pour moi, c’est une zone d’inconfort.
Dans Après moi, vous plongez dans un univers très différent de celui de vos dernières pièces…
C’est vrai que dans Pi…?! il y avait quelque chose de très intellectuel, de très branché, de très proche de ma réalité. Là, j’avais vraiment envie d’explorer une autre faune. Isabelle [Vincent] joue une coiffeuse, Patrice [Coquereau] joue un analyste chez Léger et Léger… Les Éternels Pigistes, on a toujours eu le souci de faire un théâtre vraiment populaire. Un théâtre qui, même s’il traite de sujets graves, en est aussi un que ma mère comprendrait autant qu’un initié! Cette fois, j’avais le goût de donner la parole à des gens qui ressemblent plus à ce que pourrait être ma mère. Qui ne regardent pas le monde par la même fenêtre. Vous savez, ma vie a beaucoup changé au cours des quatre dernières années, surtout avec Curieux Bégin. [Cette émission] m’a permis d’aller à la rencontre de toute cette faune que je ne connaissais pas, des gens qui vivent en région, des agriculteurs, des gens qui sont éloignés des centres urbains…
Curieux Bégin a-t-il fait de vous un homme plus ouvert?
Je pense que oui… Enfin, j’ose espérer que oui! C’est cliché ce que je vais dire, mais je suis devenu plus curieux! (Rires.) J’ai toujours eu soif de connaître plein de choses, mais Curieux Bégin a vraiment ouvert une porte. À tel point que je vis en partie en région, désormais! J’ai encore un pied-à-terre à Montréal pour le travail, mais ma vraie maison est à Kamouraska. Alors je dirais que oui, ç’a changé quelque chose. Dans mon désir d’aller voir ailleurs, notamment.
Après moi
À La Licorne
Du 13 mars au 14 avril