Soutenez

Festival MURAL: témoignages visuels, format XXL

Photo: collaboration spéciale


Le festival MURAL expose la technique picturale rigoureuse du muraliste espagnol Axel Void sur les murs de la métropole.

Difficile de croire qu’il n’y a pas très longtemps, une certaine frange de la population méprisait encore ces artistes étiquetés de «vandales», armés de leurs bombes aérosol et de leurs pochoirs, exposant leurs œuvres revendicatrices à même la rue, souvent dans l’illégalité la plus totale. Aujourd’hui, les collectionneurs d’art paient une fortune pour mettre la main sur un «Banksy original». Les marques de bagnoles et de streetwear s’inspirent, sinon volent carrément l’esthétique du street art à des fins publicitaires (esprit contestataire en moins). Les administrations municipales du monde entier sollicitent ces nouvelles stars de l’art contemporain pour redorer l’image d’un quartier chaud ou d’une rue négligée avec leurs toiles éclatantes.

Dans ce contexte de coolitude assourdissante, on oublie parfois les motivations premières ayant animé les Jean-Michel Basquiat, Richard Hambleton et autres Keith Haring à laisser leurs traces dans des wagons de métro ou sur des façades d’édifices. Heureusement pour nous, le festival d’art public Mural, qui n’en est qu’à sa troisième année d’existence, mise sur bien plus que des œuvres massives tape-à-l’œil ou la visite de vedettes internationales du street art. L’événement, qui s’empare du boulevard Saint-Laurent à compter d’aujourd’hui et qui s’étend pour la première fois sur 11 jours plutôt que quatre, comprend des conférences, ateliers et films rappelant la genèse d’une pratique jadis marginalisée.

Parmi les artistes d’ici et d’ailleurs invités à transformer le paysage de la Main, le travail de l’Espagnol Axel Void, qui en sera à sa troisième visite dans notre métropole, s’inscrit dans la continuité des œuvres ayant façonné l’ADN du street art. En entrevue avec Métro, ce dernier précise ne pas se considérer comme un ardent défenseur de quelconque cause, mais plutôt comme un artiste empreint d’empathie pour les gens qu’il rencontre. Or, le simple fait de mettre en scène des gens que la société marginalise donne une dimension politique à son travail.

«L’Andalousie est une région très picturale, une des plus vieilles d’Europe, avec une tradition littéraire et artistique solidement ancrée. C’est sûr que cela a influencé ma pratique.» – Axel Void , dont la technique minutieuse s’inspire des portraits extrêmement rigoureux de grands peintres espagnols tels que Diego Velázquez et Joaquín Sorolla, sur lesquels il s’est penché lors de ses études en beaux-arts à Cadix, Grenade et Séville

Prenons l’exemple de sa méga-murale Life, créée en février dernier à Chennai en Inde, à l’entrée de la station de train Greenways. Après avoir passé plusieurs jours à échanger avec les gens de ce quartier défavorisé, Void a arrêté son choix de portrait sur Krishnaveni, une dame itinérante d’un certain âge qui dort et vit devant le mur sur lequel l’artiste lui rend hommage. Sur son site web, Void explique «qu’à Chennai, on peint souvent des portraits de politiciens et d’acteurs afin de les glorifier», ce qui l’a poussé à aller à l’encontre de cette coutume. «Ma plus grande influence, ce n’est pas la peinture, mais plutôt les gens que je rencontre, nous dit-il lorsqu’on le joint à Berlin. Je viens d’une famille très hétéroclite: mon grand-père s’est battu pour Franco pendant la guerre civile espagnole, mon père était membre du parti communiste, et ma mère, Haïtienne, s’implique dans le mouvement pour les droits civils. Donc, j’essaie peut-être de trouver un point de convergence, et la forme de journalisme visuel que je pratique s’impose pour offrir un reflet de la société.»

Les organisateurs de MURAL ont judicieusement choisi l’emplacement qui lui sera confié. Situé à quelques pas du métro Saint-Laurent, il s’agit d’un mur appartenant à l’OSBL d’habitation Chambreclerc, qui s’adresse aux personnes en situation d’itinérance. Lorsqu’on lui en a parlé, Void a confié ne pas savoir ce qu’il prévoyait illustrer, préférant d’abord s’imprégner de l’environnement et laisser ses rencontres déteindre sur l’œuvre. «Je veux éviter l’approche du touriste, affirme-t-il. Je serai à Montréal pendant deux semaines, donc je tiens à connaître les gens du coin avant de me lancer dans la création d’un mur, pour rester fidèle à l’esprit du coin.»

Festival Mural
D’aujourd’hui au 14 juin

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.