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Making a Murderer, l’appât du vrai

Making a Murderer Photo: Netflix

C’est sur toutes les lèvres des abonnés à Netflix, la série documentaire Making a Murderer chamboule le public et provoque des choses tant émotionnellement que juridiquement.

Des pétitions en ligne ont atteint une portée impressionnante, les gens débattent sur la culpabilité de Steven Avery et sur l’intégrité de l’appareil judiciaire du Wisconsin. Des questions sont soulevées, des convictions sont brusquées. Bref, le documentaire fait son travail et il le fait bien –il éveille des consciences.

Mais à quel prix?

On accusait souvent Michael Moore, à l’époque, de faire dans le documentaire orienté, limite fictif, pour appuyer son propos en plus d’informer et divertir son auditoire. Making a Murderer ne fait certainement pas dans l’humour, mais il n’est pas exempt de critiques similaires par rapport à son utilisation des éléments de preuves pour ou contre monsieur Avery.

Attention, on ne parle pas ici d’une fabrication de toute pièce. Il s’agit d’une série documentaire, sauf qu’il ne faut jamais oublier que le regard du documentariste est toujours orienté, jamais neutre. Le simple fait d’appuyer sur «record» sur sa caméra est une prise de position. On détermine un cadre, un choisit un moment, une durée, une façon de présenter l’image et les témoignages. Le contenant influence invariablement le contenu et la forme le fond. C’est à la fois la force et la limite du médium qu’est le film documentaire.

Ceci dit, peut-on prendre ce que la série nous présente «pour du cash»? C’est le cœur de l’intrigue et la locomotive qui propulse les conversations.

Il n’y a pas de bonnes réponses à ces questions à moins de faire soi-même une longue et fastidieuse enquête. On se fait une idée en fonction de l’info que l’on consulte.

Une autre question : est-ce que Making a Murderer serait aussi captivant si c’était une fiction assumée et non une série documentaire? Probablement pas. Tout comme la série n’aurait pas levé autant sur une chaîne moins populaire que Netflix.

Maintenant, la série a plusieurs défauts même si elle est captivante, enlevante et extrêmement populaire. Premièrement, c’est long dix heures de télé, très très long. On aurait facilement pu retrancher 4 épisodes pour en venir à une formule de six moins répétitives. Je veux voir, je veux savoir, mais l’envie de cogner un clou me rattrape souvent au milieu des épisodes.

Ensuite, j’ai la désagréable impression qu’on place une surenchère sur l’apparente simplicité de la famille Avery pour la déresponsabiliser. Et par simplicité, je sous-entends aussi un manque d’intelligence fonctionnelle en société. Sans faire de raccourcis, les Avery ne sont pas les couteaux les plus aiguisés du tiroir et on souligne cette réalité abondamment pour nous les rendre sympathiques et ça m’agace. Même si la neutralité documentaire n’existe pas, elle peut quand même être moins distante.

Finalement, Making a Murderer c’est bon – mais pas tant que ça. L’aspect documentaire pardonne beaucoup de choses, c’est un peu aussi la même dynamique derrière la vague de films durant la saison des Oscars qui sont inspirés de faits vécus. Aussi lointaine soit la ressemblance, elle met dans la tête du spectateur l’idée qu’il observe une réalité qui lui échappe.

C’est un peu ça le phénomène Making a Murderer. On ne comprend pas, on se sent floué, la frustration monte, notre rancœur face aux injustices se matérialise et l’on s’attache à cette production, aussi imparfaite soit-elle.

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