Une sacrée Entreprise
La pop française semble retrouver une certaine vitalité depuis quelques années, et cela, notamment grâce au label Entreprise. Sa troisième compilation est très éloquente à cet égard. Jasette.
Depuis 2012, l’étiquette Entreprise débusque ce qui se fait de mieux en matière de pop «frenchie». À l’occasion de la parution d’Année 3 : une compilation, composée de 11 pièces parues en 2015 ou inédites, Métro a discuté avec Michel Nassif, un des cofondateurs du label avec Benoit Trégouet.
Quelle est la philosophie d’Entreprise et comment ce label est-il apparu dans le paysage musical français?
J’avais un autre label, sous lequel enregistraient des artistes français qui chantaient principalement en anglais. C’était le son du moment. Il y a quatre ou cinq ans, on a signé le groupe de rock La Femme, qui chante en français. C’était la première fois depuis longtemps qu’on entendait un jeune groupe moderne qui écrivait des textes en français. Bien que ça ne soit pas un événement pour vous au Québec, en France, c’était comme un coup de pied dans la fourmilière. À ce moment-là, on a eu l’idée de créer un nouveau label pour accompagner toutes ces jeunes formations talentueuses qui n’hésitaient pas à faire de la musique cool et moderne en français.
Le fait de chanter en français semble être considéré comme un peu quétaine chez vous. Une de vos intentions est-elle de «déringardiser» cette approche?
Oui, un peu. Lorsqu’on pense à Noir Désir, par exemple, qui date d’une vingtaine d’années… C’est comme la «variété». C’est devenu un vilain mot, alors qu’il y a 20 ou 30 ans, c’était synonyme de musique bien produite, bien écrite et bien interprétée. On veut redonner ses lettres de noblesse à la variété, au sens très large du terme.
«Le meilleur album français de tous les temps? Aux armes et cætera, de Serge Gainsbourg. Il représente pour moi un artiste qui a su se renouveler et intégrer diverses influences, dont celles venues d’Angleterre et de Jamaïque.» -Michel Nassif, cofondateur du label Entreprise
Quels sont vos critères de sélection?
Avant tout, on veut avoir un coup de cœur. Ensuite, on se demande si le groupe est novateur, surprenant et s’il apporte quelque chose de moderne.
Le coup dont vous êtes le plus fier?
Avoir signé le premier disque de La Femme, avant qu’ils partent chez Universal. Et la récente signature de Fishbach, une très jeune chanteuse qui est extrêmement talentueuse.
Il y a quelques mois, un des membres de Grand Blanc, dont deux pièces se retrouvent sur la compil, nous disait que Bashung avait eu une grande influence pour eux, car il avait su marier la créativité anglo-saxonne, notamment celle de David Bowie, à des textes en français.
C’est sûr que Bowie a influencé énormément de gens. Ce qui est intéressant, c’est que nos groupes ont souvent des influences anglo-saxonnes et internationales, mais ce ne sont pas des copies, comme c’était le cas il y a quelques années, lorsque tu refaisais du Arcade Fire quand tu en étais fan, ou que tu copiais Girls dont tu étais mordu. Aujourd’hui, les groupes subissent toujours ces influences, mais ils les mélangent avec de l’électronique, du new-wave ou de la chanson française, dont ils font une synthèse.
On retrouve la formation québécoise Paupière dans votre écurie et sur Année 3.
C’est un véritable coup de cœur. Ce trio montréalais a une autre manière de jouer de la musique et d’écrire. C’est un autre vocabulaire qui, du coup, ajoute quelque chose de presque onirique pour nous, parce ce sont des paroles que des Français n’auraient pas écrites. Et ça nous intéresse d’élargir ce trafic de francophonie avec des artistes du Moyen-Orient ou de l’Afrique, qui font de la musique moderne.