Débats

Opposition du Collectif en environnement Mercier-Est au REM de l’Est

Parc Morgan
Parc Morgan. Photo: Archives Métro

LETTRE OUVERTE adressée à François Legault, Premier ministre du Québec.

Monsieur le premier ministre,

Le Collectif en environnement Mercier-Est (ci-après CEM-E) souhaite l’amélioration du transport collectif dans l’Est de Montréal. Il refuse toutefois avec vigueur, comme un grand nombre de regroupements et de spécialistes, le projet du REM de l’Est.

Les raisons de son refus sont nombreuses. Le REM dessert très mal la population de l’Est. Sa structure en hauteur, fut-elle «Signature», dégradera inévitablement les territoires où elle sera érigée, notamment le boulevard René-Lévesque, le parc Morgan et la rue Sherbrooke Est. La Caisse de Dépôts et Placements du Québec (CDPQ) a balayé du revers de la main d’autres options qui auraient mieux desservi les usagers de l’Est, comme une combinaison métro/tramway/autobus. Avec son infrastructure bétonnée, le REM aura une empreinte carbone beaucoup plus importante que le tramway qui circule souvent sur une pelouse. Le REM favorise la vitesse au détriment des autres critères, comme la fiabilité, l’accessibilité, la civilité, le confort, le silence ou la bonne intégration urbanistique.

Vous avez demandé l’avis de vos fonctionnaires sur le REM. Quinze ministères sur les dix-sept consultés ont exprimé des réserves majeures. Un véritable dialogue public sur ces critiques qui recoupent largement les nôtres, est nécessaire, un dialogue qui ne soit pas filtré par la CDPQ.

Le REM soulève aussi de profonds problèmes de gouvernance. Le choix de la technologie, de la structure en hauteur, du tracé, etc., a été fait sans consultation auprès de la population de l’Est. Une omerta invraisemblable entoure ce projet qui drainera des sommes colossales d’argent public. Seules de rares informations secondaires ont été rendues publiques. Les véritables données sur les fondements et le financement du projet restent presqu’entièrement secrètes.

La logique du REM est une logique comptable et non de service public. Pour assurer sa «réussite», le REM cannibalise les autres systèmes du transport collectif. Le contrat à venir entre votre gouvernement et la CDPQ, s’il est semblable à celui du REM de l’Ouest, ouvre la porte à la privatisation du transport collectif de Montréal et à sa vente à des intérêts étrangers. Les Québécois.es ne vous ont jamais donné un tel mandat, encore moins à la CDPQ.

Au lendemain de la manifestation organisée par le Collectif en environnement Mercier-Est, vous avez admis que le projet de REM de l’Est avait un grave problème d’acceptabilité sociale. Cependant, les ajustements dont vous avez parlé seront bien insuffisants, car ils ne s’attaquent pas aux fondements du problème, ils tentent simplement d’en amoindrir les pires symptômes.

Monsieur le premier ministre, le CEM-E vous formule les demandes suivantes :

  1. Surseoir immédiatement à tous les travaux associés au REM de l’Est, incluant sa conception ;
  2. Mandater l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) pour réaliser une analyse des besoins en transport collectif dans l’est de Montréal ;
  3. Tenir une consultation publique auprès des citoyens et citoyennes sur les conclusions de cette analyse et l’examen des alternatives possibles pour implanter un mode de transport collectif adapté à un milieu densément peuplé.

Ce n’est que lorsque nous aurons devant nous l’analyse comparative de ces options, avec leurs avantages et inconvénients respectifs, qu’il sera possible de choisir celle qui convient le mieux au développement du transport collectif dans l’Est de Montréal et à sa pérennité. Cette analyse ne peut être réalisée par CDPQ Infra. Le CEM-E vous rappelle que lors de la dernière élection, vous aviez pris l’engagement de réaliser un projet de tramway dans l’Est de Montréal et non de faire un REM en hauteur.

Recevez, Monsieur le premier ministre, l’expression de nos salutations distinguées.

Daniel Chartier
Vice-président du collectif en environnement Mercier-Est et responsable du dossier de transport collectif

Michel Lincourt, PhD
Membre

CC: Madame Valérie Plante, Mairesse de Montréal.


Le Collectif en environnement Mercier-Est est un regroupement de citoyennes et de citoyens de l’Est de Montréal qui œuvre depuis plus de 25 ans à l’amélioration de l’aménagement urbain et à la promotion des valeurs environnementales.

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